Ce mercredi 18 mars 2026, le ministère de l’Agriculture, de l’Élevage et du Développement rural, dirigé par Pacôme Kossy, a convié les « éleveurs de poulets » à une rencontre dite « décisive », destinée à fixer le cap des modalités de production de 100 000 tonnes de poulet d’ici 2027. Cet appel solennel fait suite à l’ambition du Gabon de mettre fin, dès 2027, à l’importation de poulet de chair. Aussi ambitieuse soit-elle, cette volonté apparaît démesurée. Analyse.
À dix mois de l’échéance de 2027, sonnant la fin pour le Gabon de l’importation du poulet de chair, le ministre de l’Agriculture, de l’Élevage et du Développement rural entend aller vite. À cette occasion, il a convié les « éleveurs de poulets » à une grande rencontre. L’enjeu est clair : fixer le cap et les modalités de mise en œuvre de la feuille de route du secteur, laquelle vise l’autosuffisance alimentaire pour la filière poulet de chair à l’échéance fixée.
Cette ambition, aussi salutaire soit-elle, pose un problème de pragmatisme et de lucidité. En effet, avec une production annuelle de poulet de chair évaluée à 4 000 tonnes, il a fallu au Gabon des décennies pour atteindre ce niveau. Parallèlement, le pays reste largement dépendant de l’extérieur sur ce volet, avec un volume de 55 000 tonnes de poulet de chair importées entre 2020 et 2024. Dans ses projections, le ministère de l’Agriculture et de l’Élevage entend inverser cette tendance en produisant, dès 2027, 100 000 tonnes de poulet de chair, afin de répondre à la feuille de route définie, mais surtout de combler le déficit de 51 000 tonnes.
Si cette ambition est noble pour un pays qui souhaite rompre avec sa dépendance aux produits extérieurs, de nombreux facteurs font défaut pour rendre le Gabon autosuffisant à l’échéance fixée. D’abord, depuis son annonce il y a plus d’un an, cette mesure demeure au stade embryonnaire, fragilisée par les changements successifs à la tête du ministère de l’Agriculture. Au total, trois ministres se sont succédé à ce portefeuille, perturbant la planification et le suivi des projets.
Ensuite, sur le plan opérationnel, des investisseurs se disent prêts à se lancer dans ce domaine, mais à ce jour, leurs intentions ne se sont pas encore concrétisées sur le terrain par la mise en place effective d’unités de production. Au total, six (6) fermes avicoles nationales intégrées sont annoncées dans ce cadre.
Enfin, le principal obstacle à la faisabilité de cette ambition, à court et moyen terme, réside dans des facteurs à la fois endogènes et exogènes au secteur. Parmi ces facteurs : l’accès au financement, l’approvisionnement en poussins, le coût de l’aliment, l’accès à l’électricité et à l’eau, les difficultés d’accès aux fermes existantes, le manque de ressources humaines qualifiées, ainsi que le sous-développement d’une filière agricole structurée.
Si Pacôme Kossy reste serein quant à la faisabilité de cette ambition présidentielle, le temps et le retard accusé dans le développement d’une chaîne de valeur autour de ce projet ne jouent pas en sa faveur. À dix mois de l’échéance, il est peu probable que le Gabon réalise un miracle lui permettant d’atteindre l’autosuffisance alimentaire sur le segment poulet de chair, tel que fixé. Et pour cause, les unités de production existantes sont, pour la grande majorité, de petite taille et ne permettent pas de combler le déficit qui résulterait de la suppression des importations. Sans nul doute, le Gabon devra revoir son échéance.
« Objectivement, les délais ne sont pas tenables, car l’industrie avicole locale ne répond pas encore aux normes internationales nécessaires pour atteindre les objectifs fixés. C’est un domaine encore relativement nouveau pour celles et ceux qui souhaitent s’intéresser au secteur agricole. Si l’on analyse froidement la situation, il sera très difficile pour le Gabon d’atteindre ses objectifs de développement de la filière poulet de chair dans les délais impartis. Certes, certains acteurs disposent d’une longueur d’avance, mais ce n’est pas le cas de l’ensemble des opérateurs intéressés par cette opportunité », a fait savoir un Ingénieur agronome ayant requis l’anonymat.
Michael Moukouangui Moukala






