Maladies dites de la « honte » ou de la « pauvreté », les Maladies Tropicales Négligées (MTNs) demeurent un tabou dans de nombreuses sociétés africaines. Dans certaines régions, leur existence est passée sous silence ; ailleurs, les personnes qui en souffrent sont victimes de stigmatisation et d’exclusion sociale.
Parrain de la 4e édition du Forum des Médias du Réseau des Médias Africains pour la Promotion de la Santé et de l’Environnement (REMAPSEN), le Dr Michel Sidibé — ancien ministre de la Santé du Mali, ancien Directeur exécutif de l’ONUSIDA et ancien Envoyé spécial de l’Union africaine pour l’Agence africaine du médicament — a exhorté les journalistes à devenir de véritables agents du changement.
À l’échelle mondiale, et particulièrement en Afrique, les trois quarts des maladies tropicales négligées restent méconnues du grand public. Dans les zones où elles sévissent, les personnes atteintes continuent d’endurer d’importantes souffrances, souvent invisibles : discrimination, stigmatisation sociale et troubles psychologiques non pris en charge. Selon les estimations, près de 1,5 milliard de personnes sont touchées à travers le monde.
D’après l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), certaines MTNs entraînant des incapacités physiques ou des déformations — comme la leishmaniose cutanée, la lèpre, la filariose lymphatique, le mycétome ou encore le noma — exposent particulièrement les malades à la stigmatisation. Les idées reçues liées à la contagion renforcent cette exclusion sociale. Conséquence : les personnes atteintes de formes chroniques présentent davantage de risques de dépression, d’anxiété et de conduites suicidaires que la population générale ou que les malades souffrant d’autres pathologies chroniques.
Dans ce contexte, le Dr Michel Sidibé, également parrain du Prix éponyme décerné par le REMAPSEN, estime que les médias ont un rôle déterminant à jouer pour transformer le regard porté sur ces maladies.
« Si nous sommes réunis aujourd’hui, ce n’est pas seulement pour parler des MTNs. Nous sommes ici pour honorer un combat : le combat de la visibilité. Parce que, oui, l’élimination commence par l’indignation. Le Prix Michel Sidibé n’est pas un prix de carrière. C’est un prix de courage. Le courage de regarder là où personne ne regarde. Le courage de dire ce que l’on préfère souvent taire. Le courage de refuser que la souffrance devienne normale », a-t-il déclaré lors de la clôture du Forum, tenu récemment à Cotonou, au Bénin.
Les huit journalistes primés, venus du Gabon, du Sénégal, du Mali, du Cameroun, de la Guinée, du Nigeria, du Ghana et du Togo, ont été appelés à considérer cette distinction non comme un aboutissement, mais comme le point de départ d’un engagement renforcé. Car, selon le Dr Sidibé, « les maladies tropicales négligées ne disparaîtront pas seulement avec des médicaments. Elles disparaîtront quand un journaliste décidera qu’un cas oublié mérite la une ; quand une rédaction décidera qu’une MTN vaut un débat national ».
La responsabilité des médias apparaît ainsi complémentaire des efforts menés dans les hôpitaux et centres spécialisés. « Le REMAPSEN n’est pas un réseau de témoins passifs. C’est un réseau d’impact », a-t-il insisté. Fidèle à sa mission de promotion des causes sanitaires et environnementales, le réseau mène depuis près de trois ans, en partenariat avec l’ONG Speak Up Africa, des actions soutenues de sensibilisation sur les MTNs.
À travers le Prix Michel Sidibé, le message est clair : la lutte contre les MTNs commence par le courage de briser le silence. Aux journalistes, désormais, de faire de cette cause un engagement durable.
Michael Moukouangui Moukala






