Pays de forêt, de parcs nationaux classés, de plages vierges et d’une biodiversité parmi les plus riches d’Afrique, le Gabon possède sur le papier l’un des plus grands potentiels écotouristiques du continent. Pourtant, année après année, le secteur continue de piétiner. À chaque nouveau Ministre, des annonces qui se succèdent, des stratégies qui changent, mais le décollage, lui, se fait toujours attendre. Comme un éternel recommencement.
Les échecs s’accumulent : plans directeurs restés dans les tiroirs, infrastructures inachevées, sites abandonnés, hôtels publics fermés, absence de liaisons fiables vers les parcs nationaux… Le tourisme gabonais souffre d’un mal chronique : beaucoup de discours, peu de continuité. Résultat : la contribution du secteur au PIB demeure marginale, loin derrière les promesses d’une économie hors-pétrole souvent évoquée.
La récente « Caravane touristique », censée relancer la promotion des destinations locales, illustre cette fragilité. Initiée sous l’ancien Ministre Pascal Ogowé Siffon, aujourd’hui rattrapé par des démêlés judiciaires, l’initiative pose une question simple : peut-elle survivre à l’instabilité politique ? Car, au Gabon, les projets touristiques semblent trop souvent liés à des hommes plutôt qu’à des institutions, disparaissant dès que leurs promoteurs quittent la scène.
Avec l’arrivée du nouveau Ministre, le Professeur Marcelle Ibinga Épse Itsitsa, l’espoir d’une méthode plus structurée était permis. Mais pour l’instant, les acteurs du secteur peinent à percevoir une stratégie claire. Les actions restent dispersées, la communication institutionnelle timide et les partenariats avec le privé encore limités. Sur le terrain, ni déploiement d’une stratégie efficace, ni modernisation visible des infrastructures encore mois un véritable accompagnement des opérateurs locaux.
Pourtant, les potentialités sont immenses : Loango et ses éléphants sur la plage, Pongara aux portes de Libreville, Ivindo et ses chutes spectaculaires, Minkébé, Mayumba ou encore la richesse culturelle des provinces. Peu de pays peuvent offrir une telle diversité en si peu de kilomètres. L’écotourisme, la recherche scientifique, le tourisme balnéaire et communautaire pourraient générer des milliers d’emplois durables.
Le Gabon n’a donc pas un problème de ressources, mais de gouvernance et de constance. Tant que les politiques touristiques seront réinventées à chaque remaniement, le secteur restera au stade des promesses. Pour rompre avec cet éternel recommencement, il faudra enfin une vision stable, financée et suivie dans le temps. Sans cela, le tourisme gabonais continuera d’être ce potentiel immense qui ne décolle jamais.
Michael Mengoue N.






