Avec le bloc Amazonien, le bassin du Congo forment les deux plus grands bassins forestiers au monde. Si la considération scientifique et financière accordée au bassin Amazonien est chaque année toujours importante, le Professeur Lee White, biologiste et ancien Ministre des Eaux et Forêts du Gabon s’insurge contre le peu d’intérêt porté par la communauté scientifique et les bailleurs de fonds sur la région.
Dans un post publié sur son compte LinkedIn, le Professeur Lee White pose un constat assez réaliste : « le bassin du Congo et l’Amazonie forment ensemble le cœur vert vivant de notre planète. Pourtant, le bassin du Congo reste bien moins étudié, bien moins doté de ressources et bien moins compris. » Cette affirmation est étayée par le fait, selon lui, qu’ « aujourd’hui, il y a un peu plus de 100 scientifiques de l’environnement publiant à travers le bassin du Congo, contre plus de 6 000 personnes travaillant en Amazonie ».
Cette disparité concerne aussi l’accès au financement. En effet, avec 11,5% des flux financiers internationaux perçu au cours de la période de 2008 et 2017 pour la protection et la gestion durable des forêts tropicales selon une étude, le bassin du Congo reste de loin, la région forestière la mieux nantis comparativement à l’Asie du Sud-Est (55%) et la région amazonienne (34%).
Cette faible captation de financements a été renforcée en 2021 par une nouvelle fraction des fonds mondiaux dédiés à la protection des forêts tropicales, compliquant ainsi la mise en place de programmes de conservation à grande échelle. Pour le Docteur Richard Sufo Kankeu, Coordinateur scientifique du Programme RESSAC (Recherche appliquée en écologie et sciences sociales), citant une étude réalisée dans un premier temps en 2018 par le CIFOR-ICRAF puis réitérée cinq ans plus tard, c’est-à-dire en 2022, les difficultés liées à l’accès aux financements verts seraient dues à la faiblesse de la mise en place des projets au sein de la sous-région. Le fond du problème : l’incapacité des chercheurs à monter des projets qui soient financièrement soutenables.
« Mais le gros souci qu’il y a au niveau de l’accueil des financements en Afrique centrale, est dû à la fragilité de nos institutions qui ne sont pas assez structurées pour recevoir ces financements », explique-t-il, apportant une sorte de réponse à la préoccupation posée par le Professeur Lee White. Cette explication, à elle-seule, n’épuise pas la préoccupation posée par le Professeur Lee White. Les défis et enjeux liés à la recherche scientifique et les aspects géostratégiques au niveau mondial offrent une part de réponse à la préoccupation.
Peut-être, à l’exemple de l’occident, l’Afrique de façon générale et les pays du bassin Congo de façon particulière devraient revoir leurs priorités, asseoir les politiques de recherche et développement, et développer des politiques qui permettent de mieux capter les financements pour soutenir la recherche scientifique. Cet alignement permettrait de changer l’historique du discours des groupes des pays africains qui, durant les COPs, qui se contentent de quémander plus au lieu de proposer des partenariats fondés sur les bénéfices communs. C’est peut-être cette vision des choses qui manque aussi à la région et qui la fragilise.
Michael Moukouangui Moukala






