Au Gabon, le tourisme semble avancer par cycles. D’abord il y a une annonce, une promesse, un événement, puis le silence. Dans cette mécanique désormais bien connue, le lancement du Gabon Educ Tour, prévu du 15 au 30 avril 2026 à Libreville, s’inscrit moins comme une rupture que comme une nouvelle tentative de relance d’un secteur longtemps relégué au rang de « potentiel inexploité ».
Avant ce nouveau rendez-vous, il y a eu Discover Gabon The Last Eden puis la Caravane Touristique du Gabon, présentée à l’époque comme une initiative structurante, capable de révéler les richesses du territoire et de stimuler une dynamique nationale. Elle devait marquer un tournant. Sur le papier, l’idée tenait. Il s’agissait de parcourir le pays, valoriser les sites naturels et la culture du pays, mobiliser les acteurs. Mais dans les faits, l’exécution a rapidement montré ses limites.
Organisation approximative, logistique inégale, objectifs flous… la Caravane a donné le sentiment d’un projet davantage porté par l’affichage que par une véritable stratégie. D’une étape à l’autre, l’initiative peinait à maintenir une cohérence, laissant apparaître des disparités qui fragilisaient l’ensemble. Pour l’ancien ministre du Tourisme aujourd’hui écroué à « Sans-Famille », la Caravane avait pour « volonté de réconcilier les Gabonais avec leur territoire, de valoriser nos richesses locales et de partager l’âme du Gabon avec le monde ». A moyen terme, aucune traduction des objectifs escomptés en résultats concrets. Ni structuration visible de l’offre, ni augmentation significative des flux touristiques, ni mécanisme clair de suivi. En deux éditions, en comparaison à l’argent dépensé, c’est moins de 5000 « caravaniers » que la Caravane à fédérer.
Face au manque de résultats, des interrogations persistantes sur la gestion des ressources mobilisées s’en sont suivi. Alors que le modèle de gestion des fonds allouer pour la Caravane, attribué à l’ancien ministre du Tourisme a fait l’objet de critiques, le contexte général a contribué à alimenter un climat de doute. Dans un secteur où la confiance est essentielle, notamment pour les partenaires internationaux, cette séquence a laissé des traces durables.
C’est donc sur ce terrain déjà fragilisé que surgit aujourd’hui le Gabon Educ Tour. L’initiative, portée par un acteur privé en partenariat avec des structures publiques, notamment l’Agence gabonaise de développement et de promotion du tourisme et de l’hôtellerie (AGATOUR), propose une formule pas très éloignée de celle proposée par le passé par la Caravane Touristique : exposition, rencontres professionnelles, circuits immersifs à travers plusieurs destinations du pays. Le dispositif se veut d’après les organisateurs, structuré, internationalisé et orienté vers les échanges économiques.
Sur le papier, le projet est notable. Là où la Caravane Touristique s’adressait principalement à un public interne, le Gabon Educ Tour cible explicitement les tour-opérateurs étrangers et les prescripteurs du marché. Là où la première relevait davantage de la sensibilisation, le second affiche une ambition commerciale. Une différence de posture qui, en théorie, semble répondre à l’une des principales faiblesses des initiatives passées.
Mais au-delà des intentions, une question demeure : le pays est-il réellement sorti de la logique des événements sans lendemain ? Car le développement et la promotion du tourisme ne se décrète pas en quinze jours. Pas plus qu’il ne se construit à travers une succession de vitrines. Il repose sur des fondamentaux que les événements, aussi bien organisés soient-ils, ne peuvent remplacer, notamment la qualité des infrastructures, l’accessibilité des sites, la compétitivité des prix, la fiabilité des services, la constance des politiques publiques et autres.
Dans ce contexte, le Gabon Educ Tour apparaît moins comme une solution que comme une hypothèse. Une tentative parmi tant d’autres, qui devra faire la preuve de son utilité au-delà de sa mise en scène. L’histoire récente du secteur invite, à ce titre, à une certaine prudence.
Car si la Caravane Touristique a échoué, ce n’est pas faute d’idées, mais faute de continuité, de rigueur et de vision stratégique. Trois variables qui ne se mesurent pas à l’aune d’un lancement, mais dans la durée. À défaut, le risque est connu : celui de voir se répéter un schéma désormais familier, où l’enthousiasme initial cède progressivement la place à l’oubli.
Wilfried Mba N.






