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Finance climatique : les déclarations de Lee White relancent le débat sur la dette écologique envers le Gabon

26 mai 2026
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Professeur Lee White : « la lutte contre le trafic d’ivoire visait à empêcher Boko-Haram à entrer au Gabon qu’à protéger les éléphants »
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Ancien ministre gabonais des Eaux et Forêts et figure centrale de la diplomatie environnementale du pays entre 2019 et 2023, Lee White a récemment ravivé un débat sensible sur les négociations climatiques internationales. Dans un entretien accordé à news.mongabay.com⁠, il affirme que le Gabon, malgré la validation internationale de ses résultats REDD+, n’a reçu qu’une infime partie des financements censés récompenser ses efforts de préservation forestière. Au-delà du cas gabonais, ses déclarations interrogent sur la crédibilité des mécanismes internationaux de compensation carbone et la place des pays forestiers africains dans l’économie climatique mondiale.

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Selon Lee White, le Gabon aurait enregistré auprès des mécanismes onusiens environ 187 millions de tonnes de résultats REDD+ validés, mais n’aurait été rémunéré qu’à hauteur d’environ 3 millions de tonnes. Il évoque ainsi l’existence de 184 millions de tonnes de résultats carbone “non payés”, estimant que les engagements pris par les pays développés dans le cadre de l’Accord de Paris n’ont pas été respectés.

Un mécanisme conçu pour rémunérer la protection des forêts

Le mécanisme REDD+, soutenu par la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, désigne la “Réduction des émissions dues à la déforestation et à la dégradation des forêts”, à laquelle s’ajoutent la conservation des stocks de carbone, la gestion durable des forêts et l’augmentation de ces stocks forestiers.

Son principe repose sur une logique de paiement basé sur les résultats : les pays tropicaux capables de démontrer scientifiquement qu’ils réduisent la déforestation ou maintiennent des puits de carbone forestiers peuvent prétendre à des compensations financières internationales. Ces résultats doivent être mesurés, rapportés et vérifiés selon des procédures techniques strictes supervisées par les mécanismes de l’ONU.

Dans ce cadre, le Gabon occupe une place particulière sur le continent africain. Avec près de 88 % de couverture forestière et un taux de déforestation historiquement faible (0,12%) comparé à plusieurs autres pays tropicaux, le pays est souvent présenté comme l’un des principaux puits de carbone d’Afrique centrale. Durant les années 2010 et 2020, Libreville a fortement misé sur la diplomatie environnementale afin de transformer cette capacité d’absorption carbone en levier économique et géopolitique.

Le paradoxe gabonais selon Lee White

Dans son entretien, Lee White insiste sur ce qu’il considère comme une contradiction majeure du système REDD+. Il affirme que le Gabon aurait refusé une partie des financements de “préparation REDD+” autrefois proposés à plusieurs pays africains, préférant développer ses propres capacités techniques et institutionnelles. « Nous ne pouvions pas compter sur l’aumône des pays développés », déclare-t-il notamment dans l’interview accordée à Mongabay.

L’ancien ministre souligne également que, malgré cette stratégie d’autonomie, le Gabon aurait été le premier pays africain à faire enregistrer officiellement ses résultats REDD+ auprès des mécanismes internationaux, après avoir franchi différentes étapes d’audit et d’évaluation indépendante.

Ses propos traduisent une frustration plus large : celle de plusieurs États forestiers qui estiment que les engagements financiers promis par les grandes puissances industrielles restent largement insuffisants au regard des efforts demandés aux pays du Sud pour préserver leurs forêts.

L’article 5 de l’Accord de Paris au cœur des tensions

Les déclarations de Lee White renvoient directement à l’article 5 de Accord de Paris, qui encourage les mécanismes de conservation forestière et reconnaît l’importance des paiements liés aux résultats climatiques.

Depuis plusieurs années, de nombreux pays africains dénoncent cependant l’écart entre les engagements politiques affichés dans les grandes conférences climatiques et les financements effectivement mobilisés.

Cette question s’inscrit dans un débat plus large autour de la “dette écologique” des pays industrialisés. Les États du bassin du Congo considèrent régulièrement que leurs forêts jouent un rôle essentiel dans la régulation climatique mondiale, tout en générant relativement peu d’émissions historiques de gaz à effet de serre comparativement aux grandes puissances économiques.

Dans cette logique, la conservation forestière apparaît non seulement comme un enjeu environnemental, mais également comme une question de souveraineté et de justice climatique.

CAFI et les financements du bassin du Congo

Le dossier REDD+ en Afrique centrale est également lié à Central African Forest Initiative, plus connue sous l’acronyme CAFI. Lancée en 2015 avec le soutien de plusieurs bailleurs internationaux, cette initiative vise à financer la protection des forêts du bassin du Congo et les politiques de développement à faible émission carbone.

Les partenaires de CAFI incluent notamment la Norvège, la France, l’Allemagne, l’Union européenne, le Royaume-Uni et les États-Unis. Le Gabon figure parmi les pays partenaires du mécanisme, aux côtés du Cameroun, du Congo, de la RDC ou encore de la Centrafrique.

Cependant, malgré l’existence de ces initiatives, plusieurs observateurs estiment que les financements destinés aux forêts d’Afrique centrale demeurent faibles comparés à l’importance écologique du bassin du Congo, considéré comme le deuxième plus grand massif forestier tropical au monde après l’Amazonie.

Une crise de confiance autour des marchés carbone

Les propos de Lee White interviennent également dans un contexte international marqué par une crise de confiance croissante envers les marchés carbone volontaires. Ces dernières années en effet, plusieurs enquêtes, études universitaires et organisations environnementales ont remis en cause la crédibilité de certains crédits carbone forestiers. Des critiques portent notamment sur la surestimation de certaines réductions d’émissions, les difficultés de vérification, le double comptage, la permanence du stockage carbone, ou encore l’utilisation de crédits carbone comme outil de “greenwashing” par certaines entreprises.

Cette défiance a contribué à fragiliser le marché des crédits forestiers, dont les prix ont fortement fluctué ces dernières années. Sur certains marchés volontaires, les crédits liés à la conservation forestière peuvent se négocier à quelques dollars seulement la tonne de CO₂, bien en dessous des attentes initiales de plusieurs pays forestiers.

Dans ce contexte, même lorsque des résultats REDD+ sont validés techniquement, leur monétisation reste complexe et dépend fortement de la confiance des acheteurs, des standards internationaux, des mécanismes de certification, et des orientations géopolitiques des financements climatiques.

Une interrogation sur l’avenir du modèle climatique international

À travers le cas gabonais, c’est finalement l’efficacité même du modèle international de rémunération des services écologiques qui se retrouve interrogée. Les déclarations de Lee White traduisent le sentiment, de plus en plus exprimé dans certains pays du Sud, que les efforts de conservation forestière demeurent insuffisamment valorisés dans l’économie mondiale.

Alors que les forêts tropicales sont régulièrement présentées comme des infrastructures naturelles indispensables à la stabilité climatique planétaire, le débat reste entier sur la capacité réelle du système international à financer durablement leur protection.

Pour plusieurs pays du Bassin du Congo, la question dépasse désormais le seul cadre environnemental. Elle touche à la souveraineté économique, à la justice climatique et à la place de l’Afrique dans la gouvernance mondiale du carbone.

Wilfried Mba N.

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