Le Fonds Bleu pour le Bassin du Congo (FBBC) se présente comme un mécanisme de financement de la transition écologique en Afrique centrale. Créé en 2017 à l’initiative de la République du Congo (RDC), il repose sur une ambition affichée : mobiliser 100 milliards de dollars sur dix ans pour financer des projets structurants dans onze pays membres. Mais derrière cette enveloppe globale, le modèle financier concret du Fonds reste difficile à cerner. Qui abonde réellement ? À quelles conditions les États bénéficiaires accèdent-ils aux ressources ? Les réponses demeurent parcellaires.
Sur le papier, le Fonds Bleu repose sur une architecture tripartite. Une part des ressources proviendrait des contributions publiques des États membres et des bailleurs multilatéraux, dont la Banque africaine de développement (BAD) et la Banque de développement des Etats de l’Afrique centrale (BDEAC). Une autre part serait mobilisée via des mécanismes de marché, notamment les crédits carbones et les obligations vertes. Enfin, le secteur privé est appelé à jouer un rôle croissant, à travers des partenariats public-privé sur des projets d’économie bleue. En théorie, ce modèle mixte est solide. En pratique, la part effective de chaque compartiment reste opaque, faute de rapports financiers publics consolidés.
Qui paie, qui bénéficie ?
La question de la répartition est centrale. Les principaux contributeurs attendus sont les pays développés, au titre de leur responsabilité historique dans les émissions de gaz à effet de serre. Les bénéficiaires désignés sont les États du bassin du Congo, dont le Gabon, le Congo, la RDC et le Cameroun pour ne citer que ces pays, lesquels abritent plus de 300 millions d’hectares de forêts tropicales. Mais les critères d’allocation entre pays membres restent peu transparents. La RDC, qui abrite à elle seule plus de 60% de la forêt du Bassin du Congo, revendique logiquement une part prioritaire des financements.
Le risque d’un fonds vitrine
Neuf ans après sa création, le Fonds Bleu n’a pas encore prouvé sa capacité opérationnelle à grande échelle. Les projets effectivement financés restent limités, les décaissements lents, la gouvernance perfectible. Ce décalage entre ambition affichée et réalité des flux financiers alimente un scepticisme croissant parmi les États membres. La table ronde de Brazzaville, en marge des Assemblées annuelles de la BAD, visait précisément à relancer la dynamique et à convaincre les bailleurs de franchir le pas des engagements concrets. Sur ce point, le ton employé par le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema lors de son discours est évocateur des défis à surmonter. « Le temps des promesses doit laisser place au temps des engagements. Et le temps des engagements doit conduire au temps des réalisations », a-t-il fait savoir, soulignant insidieusement que les défis sont encore immenses.
Un pari sur l’économie verte comme nouvelle rente africaine
Au fond, le Fonds Bleu porte une ambition plus large : faire des écosystèmes d’Afrique centrale un actif économique valorisable à l’échelle mondiale. Forêts, mangroves, bassins hydrographiques…, autant de ressources naturelles que le continent entend désormais monétiser, non plus en les exploitant, mais en les préservant. Pour le Gabon, qui inscrit cette stratégie dans son Plan National de Croissance et de Développement 2026-2030, c’est un pari sur un nouveau modèle de croissance. Encore faut-il que les financeurs internationaux jouent le jeu. C’est tout l’enjeu de Brazzaville.
Michael Green






