Dans la foulée de leur programme de formation politique sur les questions liées à l’accaparement des terres en Afrique, les membres de l’Alliance de lutte contre l’expansion des monocultures industrielles d’huile de palme se sont rendus hier, mercredi 26 août 2026, au village Agricole en vue de s’imprégner des rapports entre les communautés de ce village et l’agro-industriel Olam, spécialisé dans la culture et la transformation du palmier à huile.
Bien accueilli par les auxiliaires de commandement et la notabilité du village, les membres ont été édifiés sur l’histoire de l’implantation d’Olam à Kango, son rapport aux communautés, ses apports socio-économique et les dissensions qui ont suivi le lancement de ses activités. Le récit de dame Adèle Oyane Ndong, cheffe de village de Woubele est un portrait teinté de tristesse, de mélancolie. Et pour cause, plus de dix ans après son implantation à Kango, Olam Palm, au travers de son site de production d’Awala, fait l’objet de critiques négatives au sein des communautés pour son attrait mercantile.
Détail après détails, du comité de pilotage mis en place pour montrer à Olam les zones forestières de culture de ses palmiers, au conseil consultatif pour suivre l’employabilité des jeunes des villages impactés, aux per-diem forfaitaires mensuels accordés aux conseil consultatif, présents, traitement des employés originaires des villages en passant par le cahier des charges contractuel (CCC), dotations et impacts sur l’écologie de la région. « La région regorge de plusieurs rivières qui nous permettaient autrefois de faire de la pêche, malheureusement, aujourd’hui, l’eau de ces rivières n’est plus consommable. Nous avions signalé cela à Olam qui n’a pas pu trouver des solutions palliatives ».
Agricole, un cas d’école panafricain
Le récit présenté par les communautés du village Agricole, à plus de 100 kilomètres de la ville de Libreville contraste de près avec les réalités constatées dans de nombreux pays africain où les multinationales spécialisées dans l’agro-industrie, en plus d’occuper des domaines terrestres, restreignent la vie des communautés au plus strict. A Yapokro, village de Côte d’Ivoire situé dans le District du Comoe, les 500 âmes rythmant la vie de la localité vivent cette même réalité depuis plusieurs décennies. Là-bas, d’après d’après le partage d’expérience de Judith Michaëlle Konan Yobouet, Membre au sein du Réseau des femmes braves de Côte d’Ivoire (REFEB) pour la défense des droits des communautés face aux dérives de la société de Palme de Côte d’Ivoire (Palmci), spécialisée dans l’exploitation de plantations de palmiers à huile, et la production d’huile de palme brute et d’huile d’amande de palmiste, les mêmes faits produisent les mêmes conséquences négatives sur la vie des communauté.
L’usage des produits chimiques dans les plantations de Palmci à participé à la destruction des maillons importants de la biodiversité tels que les papillons ou encore les escargots qui abondaient dans le village. Nos enfants ne connaissant les papillons que par image. Des animaux comme les reptiles se retrouvent dans les maisons parce qu’ils fuient les zones contaminées par les produits chimiques », soutient Judith Michaëlle Konan Yobouet.
Appel à la responsabilité de l’Etat
Ces situations, qui ne sont pas isolées au Gabon et en Côte d’Ivoire, interpellent cependant sur la responsabilité de l’Etat. Garant de la justice, force est de constater que dans les deux récits, l’Etat a été absent, fuyant son rôle régalien consistant à veiller au bien-être et à la sécurité de ses populations. « Si vous allez en Libye, vous aurez les mêmes défis. Si vous allez au Cameroun, au Nigéria, Ghana, dans tous les pays du sud-ouest de l’Afrique, où nous avons ces entreprises multinationales, ce sont les mêmes défis », s’indigne Aminata Finda Massaquoi de l’ONG WoNAPRI de Sierra-Leone.
L’histoire du village Agricole au Gabon montre que l’Etat ne fait pas un suivi de la situation des rapports entre l’industriel Olam et les communautés. En Côte d’Ivoire, les violations de la loi documentées par Judith Michaëlle Konan Yobouet mettent à nu l’impuissance de l’Etat face à Palmci. Unanime sur la question, Emmanuel Elong Président de l’ONG Synergie national des paysans et riverains du Cameroun (Synapacam), reconnaît par exemple pour le cas sud Gabon que « les rapports entre les communautés riveraines d’Olam sont des rapports pas vivables, parce que connaissant les agro-industriel, leur manière de fonctionner, participe à la pollution de l’environnement avec un impact social assez fort. Olam ne respecte pas son engagement social ». Selon lui, « l’Etat gabonais ne joue pas son rôle de gendarme pour amener Olam à respecter ses engagements ».
Outiller les communautés pour mieux mener les combats
« Les traitements inhumains, le manque de transparence dans tout le processus, c’est un grand défi sur la dignité humaine. Donc, ce que nous faisons, c’est de mobiliser les communautés. Tout d’abord, elles ont besoin de savoir leurs droits ». Pour Aminata Finda Massaquoi, c’est la base de tout combat, sans quoi, il est impossible de parvenir à des résultats concrets et durables. Cette logique repose cependant sur la synergie d’action et de soutien des communautés. Pour elle, l’Alliance s’illustre comme pour surmonter ces défis. Les communautés ne vont pas y arriver si elles ne sont pas au courant des procédures, si elles ne sont pas au courant de leurs droits. En tant qu’Alliance, nous sommes ensemble parce que nous faisons tous face à des défis similaires, pays par pays, et nous sommes un système de soutien pour l’un à l’autre », a-t-elle conclu.
Michael Moukouangui Moukala






