Derrière la calme figée de Setté-Cama, un site Ramsar situé à Gamba, dans le département de Ndougou au Gabon, le temps déterre les secrets enfouis de décennies d’exploitation pétrolière. Dans le village, la présence d’un conteneur enfoui, héritage mal assumé de Shell Gabon par Assala, éveille angoisse et interrogations.
Située dans le département de Ndougou, à environ 50 kilomètres de Gamba et facilement accessible par voie fluviale Setté-Cama, site Ramsar d’une superficie de 240 000 ha, est limité au nord par la rive de la lagune Ndougou, au sud par l’embouchure de la Nyanga et s’étend à l’est en direction des Monts Doudou. Il s’agit de l’aire protégée du complexe la plus affectée par l’activité humaine. Occupée par plusieurs villages et la ville de Gamba, cette lagune de 733 km² se caractérise dans sa rive sud par des décennies d’exploitation pétrolière. Shell Gabon s’est implantée à Gamba au début des années 60 et de nombreux puits ont été forés non loin de la côte. D’importantes infrastructures ont été mises en place afin de collecter le pétrole
Pour y être né et avoir grandi, Joseph Bayé, leader communautaire natif du village Sette Cama connaît bien ce territoire. Déjà très jeune, il s’aventurait au-delà des frontières de cette gigantesque lagune en quête de poisson avec ses parents. Ancien employé de Shell Gabon reconverti en pêcheur, cela fait des décennies qu’il sillonne cette lagune pour diverses raisons. Cependant, un phénomène frappant l’interpelle presque souvent : l’augmentation du nombre de pêcheurs et la diminution du poisson dans la lagune. Un problème qui s’explique par plusieurs facteurs.
Diminution drastique de la ressource
La pêche, la chasse et l’agriculture ont depuis toujours, depuis l’époque de la traite négrière, était le moteur de la vie sociale et économique des populations à Setté-Cama. Joseph s’en souvient comme si c’était hier. La pêche, l’activité phare se pratiquait de façon traditionnelle et la ressource était abondante. Au début des années soixante, avec les campagnes d’exploration et exploitation pétrolière menées au Gabon, et l’implantation des compagnies telles que Shell Gabon, des méthodes problématiques telles que le « dynamitage des lacs et lagunes » vont être pratiquées et causer d’importants dommages à l’environnement. « Je me rappelle que durant les années 66, ont ramassé du poisson dans la lagune pour la consommation courante après l’activité géo-sismique », explique le leader communautaire.
Cette pratique, aussi significative et réglementée était-elle à l’époque, a eu un impact considérable sur la disponibilité de la ressource poisson dans la lagune. Shell Gabon est parti en 2017, après avoir cédé ses actifs à Assala, mais les séquelles de ses décennies de présence à Gamba sont encore assez poignantes. Entre diminution de la ressource poisson, cohabitation problématique entre le parc de Loango et le village, l’enquête menée sur place met en lumière des disparités qui occasionnent des crispations notamment chez les communautés locales en raison de nombreux manquements des compagnies à leurs obligations.
« La mauvaise gestion a fait en sorte que les sociétés pétrolières se désengagent du volet social. On élabore des plans de gestion communautaires mais sans grand changement. Nombreuses sont les populations qui ne ressentent pas l’impact des entreprises pétrolières dans leur quotidien. Les conseils perçoivent de l’argent mais sans efficacité ».
RSE problématique à Gamba
Ces disparités s’expliquent, selon Joseph Bayé, par les limites occasionnées par la mauvaise application des titres V et VI du Code des hydrocarbures qui fixe le cadre d’application de la loi sur le contenu local et la RSE au Gabon. Cette faiblesse impact au plus haut point Setté-Cama. Cohabitant avec le parc national de Loango, les habitants du village affirment, depuis le départ de Shell Gabon être abandonnés à leur sort. Faute d’opportunités diverses, certains habitants ont dû se rabattre du côté de Gamba à la recherche d’un mieux-être faisant de Setté-Cama, une sorte de « village fantôme » dépourvu d’âme.
« Faute d’emplois, de nombreux jeunes se sont rabattus dans l’activité de pêche entraînant une concurrence effrénée. Cette concurrence a entraîné à son tour une diminution de la ressource halieutique. Mais la pression de la pêche sur la ressource halieutique disponible n’est pas la seule cause de cette diminution, les facteurs écologiques, à l’exemple de la diminution des algues dans les lagunes et la sous profondeur de l’embouchure sont aussi pour quelque chose », s’indigne le leader communautaire.
Des efforts de soutien d’Assala aux producteurs agricoles et à la préservation des tortues luths ont été signalés à Gamba, mais ils sont considérés comme étant marginaux au regard des manquements observés, tant sur la préservation de l’environnement que la vie des communautés. « Pour ce qui est de la RSE, tant qu’elle n’aura aucune contrainte légale, les compagnies n’en feront qu’à leur guise », prévient Désiré Ladislas Ndembet de l’ONG Muyissi Environnement.
Un mystérieux conteneur enfoui dans les entrailles de Setté-Cama
En plus de gérer la pression occasionnée par des lendemains incertains, les habitants de Setté-Cama conjuguent leur vie avec la présence suspecte d’un conteneur de 40 pieds enfouis derrière leurs habitations. Pourquoi ce conteneur a-t-il été enfoui ? Depuis combien de temps ? Que cache-t-il ? Est-ce le seul conteneur enfoui à Setté-Cama ou dans les îles du département ? A Setté-Cama, si ces interrogations résonnent chaque jour avec inquiétude dans la tête des populations, elles laissent surtout un goût amer de la confiance aveugle accordée par les populations à Shell Gabon. « Nous avons signalé la présence de ce conteneur à Assala et à l’administration publique mais sans suite », s’indigne Josep Bayé, inquiet de cette présence.
Si cette pratique est monnaie courante dans le secteur en Afrique, notamment dans les pays où le contrôle est moins répressif comme c’est le cas ici au Gabon, l’enfouissement des déchets pétroliers est assez courant. Unanime sur la question de la légalité de cette pratique, Louis Léandre Ebobola Tsibah, Expert en développement durable et ancien directeur général de l’environnement du Gabon explique que « cet enfouissement n’est pas légal » et peut constituer un danger pour la biodiversité environnante.
Alban Wesley Nsinzoghe, Spécialiste en exploitation pétrolière, « on ne laisse pas ce genre de déchets dans l’atmosphère. La dégradation du fer et le suspens autour du contenu de ce conteneur renforce les inquiétudes pour la viabilité des écosystèmes ». D’après lui, plusieurs raisons peuvent expliquer la présence de ce conteneur mais la raison la plus immédiate, peut-être selon lui, est celle des coûts. « Lorsque l’on veut vendre un site, on est amené à faire quelques petits travaux. On est pris par le temps, on veut quitter les installations mais parfois dans la précipitation on viole certaines dispositions légales », ajoute-t-il.
Une production de InfoCongo avec La Lettre Verte






