Pendant des années, les habitants de Terre Nouvelle, PK7 et PK8 ont vécu au rythme des pluies diluviennes qui transformaient leurs ruelles en torrents, emportaient des biens matériels et provoquaient parfois des pertes en vie humaines. Entre inondations récurrentes, glissements de terrain et routes impraticables, ces quartiers du sud de Libreville ont longtemps subi les effets d’un système d’assainissement défaillant, aggravé par l’urbanisation rapide et l’absence de drainage adéquat.
Le vendredi 14 novembre 2025 a marqué ainsi une date symbolique pour ces populations éprouvées. L’Unité de Coordination de l’Étude et des Travaux (UCET) a officiellement livré au gouvernement les ouvrages du bassin versant de Terre Nouvelle. Un chantier majeur qui représente pour beaucoup, une véritable bouffée d’oxygène. Et pour cause, après des décennies d’attente, la mise en service de ce canal apparaît comme une réponse concrète aux drames répétés que la saison des pluies imposait aux riverains.
Un ouvrage qui change le quotidien
Sur le terrain, le changement est perceptible. Les ruelles autrefois impraticables à la moindre averse restent désormais accessibles, tandis que les maisons situées en bordure du canal n’ont plus les pieds dans l’eau à chaque montée des eaux. En réduisant considérablement les risques d’inondation, l’ouvrage améliore la mobilité, la sécurité et même la santé publique, notamment grâce à la diminution des maladies liées aux eaux stagnantes.
Guy-Ulrich Odounga, coordonnateur général de l’UCET et maître d’ouvrage du projet, ne cache pas sa satisfaction : « avec ces plus de trois kilomètres de canaux en béton armé et les passerelles reconstruites, nous disposons d’un dispositif capable de maîtriser durablement les eaux pluviales dans la zone », a-t-il déclaré lors de la remise officielle.
Ce résultat est le fruit d’une coopération technique et financière d’envergure. Sogea Satom a assuré l’exécution des travaux, Syrah Mali s’est chargé du contrôle technique, et la Banque Islamique de Développement a financé le chantier à hauteur d’environ 29 milliards de francs CFA. Un investissement conséquent pour un projet considéré comme l’un des plus structurants de Libreville. Preuve que quand on veut, on peut.
L’entretien, équation à double inconnu
Si l’ouvrage est salué par les populations comme une victoire contre les catastrophes climatiques, de nombreuses interrogations subsistent quant à sa durabilité. En effet, un canal flambant neuf ne suffit pas à lui seul à empêcher les inondations si le problème de l’entretien n’est pas résolu, tant du côté des autorités que des populations. Les expériences passées dans plusieurs quartiers de Libreville ont montré que, sans curage régulier, sans évacuation des déchets et sans surveillance environnementale, les canaux d’évacuation des eaux finissent par s’envaser. La boue et les ordures, portées par les pluies ou jetées directement par les habitants, finissent par s’accumuler.
À long terme, un canal obstrué empêche l’évacuation nécessaire, stagne, déborde… et recrée précisément les conditions des inondations que les infrastructures étaient censées prévenir. Le risque est donc réel : si aucune stratégie pérenne n’est mise en place, l’ouvrage pourrait, dans quelques années, se transformer en un piège hydraulique plutôt qu’un outil d’assainissement.
État et populations interpellés
L’État est attendu sur la mise en œuvre d’un plan d’entretien structuré, financé et régulier du bassin versant. Le suivi du niveau d’envasement, les opérations saisonnières de curage, la gestion des déchets et la sensibilisation des populations doivent devenir des priorités. Car un canal d’assainissement n’est efficace que s’il est maintenu en état.
Mais la responsabilité ne repose pas uniquement sur les autorités. Les populations riveraines jouent un rôle clé. L’incivisme, notamment le dépôt d’ordures dans les caniveaux, a souvent été identifié comme l’un des principaux facteurs d’obstruction des ouvrages d’évacuation. Sans changement de comportements, les efforts techniques déployés risquent d’être compromis.
Un pas en avant, mais une vigilance nécessaire pour l’avenir
La livraison du bassin versant de Terre Nouvelle est indéniablement une avancée majeure pour les habitants, qui voient enfin se dessiner la promesse d’un quotidien moins exposé aux catastrophes climatiques. Toutefois, ce progrès ne sera durable que si une approche globale est adoptée : infrastructures de qualité, entretien régulier, discipline communautaire et sensibilisation continue.
Alors que l’UCET annonce de futures interventions, notamment du côté de Cap-Owendo, le véritable défi commence maintenant : transformer ce succès technique en solution durable pour les populations, afin que les souffrances liées aux inondations ne soient plus qu’un triste souvenir.
Wilfried Nguema M.






