Il y a quelques jours, un drame est venu rappeler, une fois de plus, l’acuité du conflit homme-faune dans plusieurs régions du Gabon. Au village Bonne Terre, dans la localité de Ngowé, département d’Étimboué, deux hommes ont perdu la vie après avoir été violemment attaqués par un éléphant de l’espèce Assala. Un incident tragique qui met davantage en lumière la recrudescence des interactions dangereuses entre humains et pachydermes, particulièrement dans les zones rurales confrontées à la pression agricole et à l’expansion des habitats humains.
Selon les informations relayées par le média local Ogooué Maritime Infos (OMI), les victimes — connues sous les surnoms de Béb, alias « Tsatsasse », et Rambo — étaient âgées d’une quarantaine et d’une cinquantaine d’années. Originaires de Ndoungou, ils vivaient à Ngowé depuis plusieurs années pour des raisons familiales et professionnelles : l’un cultivait des citrons, tandis que l’autre était réputé dans la région pour ses compétences de chasseur.
Une attaque d’une rare violence
Au matin du drame, les deux hommes se seraient rendus sur une parcelle récemment défrichée pour poursuivre leurs activités agricoles. Alors qu’ils procédaient à l’entretien de la plantation à l’aide d’un feu contrôlé, ils auraient été surpris par un éléphant Assala, imposant spécimen mesurant près de quatre mètres de haut. Pris de panique ou se sentant menacé, l’animal aurait chargé les deux villageois avec une force dévastatrice. Le choc, estimé à près de six tonnes, n’a laissé aucune chance aux victimes.
Alertés par les puissants barrissements de l’éléphant, plusieurs habitants proches du site ont pris la fuite avant d’appeler les secours. À leur arrivée, les équipes dépêchées sur place ont découvert une scène particulièrement violente. Malgré des tentatives de réanimation, les deux hommes ont été déclarés morts. Une enquête judiciaire a été aussitôt ouverte pour déterminer les circonstances précises de l’attaque, ainsi que les facteurs ayant pu déclencher une telle réaction chez l’animal.
Un drame qui relance le débat sur la cohabitation entre humains et éléphants
Cette nouvelle attaque mortelle relance les préoccupations liées à la gestion du conflit homme-faune dans le pays. Dans plusieurs provinces, les éléphants quittent de plus en plus fréquemment leur habitat naturel, attirés par les cultures vivrières en périphérie des villages ou poussés par la réduction de leurs zones forestières. Cette proximité accrue multiplie les risques d’incidents, parfois mortels.
Dans la région d’Étimboué, les habitants affirment être régulièrement confrontés à des éléphants en quête de nourriture, ravageant plantations et cultures. Certains paysans, déjà fragilisés économiquement, dénoncent un sentiment d’abandon face à un danger grandissant. De leur côté, les autorités rappellent que les éléphants, espèce protégée, sont également victimes de pressions croissantes liées au braconnage, à la fragmentation des habitats et aux changements environnementaux.
Quelle réponse pour prévenir de nouvelles tragédies ?
Les familles endeuillées, encore sous le choc, réclament que toute la lumière soit faite sur les circonstances du drame. Mais elles demandent également des mesures concrètes pour prévenir de nouveaux incidents : installation de dispositifs de dissuasion, surveillance accrue des zones sensibles, campagnes de sensibilisation, ou encore renforcement des mécanismes d’indemnisation pour les victimes de la faune sauvage.
Alors que le Gabon s’efforce de préserver sa biodiversité exceptionnelle tout en protégeant ses populations, le drame de Bonne Terre pose une fois de plus la question cruciale de l’équilibre entre conservation et sécurité humaine. Un défi national, urgent et complexe, à l’heure où les interactions entre hommes et éléphants semblent appelées à se multiplier.






