À Libreville, un rituel désormais familier accompagne chaque visite officielle d’envergure : celui des travaux expéditifs et des coups de peinture appliqués dans la précipitation. De l’aéroport international Léon Mba jusqu’au port d’Owendo, en passant par les grands axes qui irriguent la ville, tout y passe. Les routes fraîchement bitumées, les caniveaux curés, les échangeurs repeints d’un blanc éclatant, les bordures redressées et les nids-de-poule comblés en urgence donnent l’illusion d’une capitale soudainement transformée.
Dans les quartiers, chacun constate l’agitation fébrile des équipes mobilisées nuit et jour. Les chantiers les plus visibles se concentrent sur l’échangeur de Nzeng-Ayong, celui de la Cité de la Caisse, le PK5, le rond-point Awendjé ou encore la zone des Charbonnages et du Lycée d’État. En quelques jours, Libreville change de visage… pour accueillir un invité de marque.
Pourtant, derrière la façade rénovée se lit une amertume largement partagée. Nombreux sont les observateurs et habitants qui dénoncent un cycle répétitif et presque théâtral : la capitale semble ne se refaire une beauté que pour impressionner un hôte étranger et de marque. « Si on refait Libreville à chaque visite de Macron, qu’il vienne tous les deux mois et on aura enfin la capitale qu’on mérite ! », ironise un habitant dans une vidéo sur Facebook. Un autre de renchérir : « c’est honteux. On est capable de tout rendre propre en quinze jours quand il s’agit d’impressionner Paris, mais le reste de l’année, ça traîne ! »
Cette gestion cyclique, visible seulement à l’approche des fêtes de fin d’année ou des visites diplomatiques, révèle un dysfonctionnement plus profond : la propreté urbaine et l’entretien des infrastructures sont traités comme des urgences ponctuelles, plutôt que comme une mission permanente. Pourtant, les mêmes moyens, la même logistique et la même volonté politique mobilisés pour embellir la ville à la veille d’une arrivée présidentielle pourraient tout aussi bien maintenir Libreville propre en tout temps.
Au fond, cette transformation accélérée, aussi impressionnante qu’éphémère, illustre un contraste saisissant : lorsqu’elle le veut, l’administration gabonaise peut montrer une efficacité remarquable. Mais une fois les projecteurs éteints et l’invité reparti, la capitale retombe dans sa routine faite de lenteur, de petites réparations différées, de balayeuses rares et de caniveaux laissés à l’abandon.
Emmanuel Macron découvrira donc une Libreville pimpante, presque méconnaissable pour ceux qui y vivent chaque jour. Mais derrière les façades fraîchement repeintes, la véritable question demeure : pourquoi ne pas offrir aux Gabonaises, tout au long de l’année, la même qualité d’environnement que celle réservée aux visiteurs de passage ?
Wilfried Nguema M.






