Si par essence, préserver la faune et la flore, et les cultures est une action noble, les Ecogarde ou Rangers qui sont les dépositaires de cet exercice à travers le monde le sont encore plus. Et pourtant, au Gabon, ce corps de métier de la conservation ne fait plus rêve. Et pour cause, le traitement de sont victimes les Ecogardes de l’Agence nationale des parcs nationaux (ANPN).
Au vue de son rôle de protection de la faune et de la flore, l’ANPN est perçue comme une institution porteuse d’espoir et de noblesse. Elle incarne la protection d’un patrimoine naturel précieux, l’engagement écologique et l’ambition d’un Gabon qui valorise sa biodiversité. De nombreux citoyens voient encore en elle un « métier noble, digne d’envies, de passions et d’avantages ». Et pourtant, derrière cette image forte, les réactions publiques se multiplient, dénonçant des conditions de vie de plus en plus insoutenables pour les écogardes. Parmi ces voix citoyennes, celle de L. Lila. Illustre de façon claire et directe ce fossé entre la mission officielle et la réalité du terrain.
Selon L. Lila, il existe « toujours la forme et le fond » dans la considération de quelque chose. La « forme » : le prestige de l’institution, le rôle crucial de préserver et protéger la nature. Le « fond » : le quotidien difficile de ces agents qui passeraient « des mois sans salaires », malgré un métier exercé « jours et nuits » au prix de risques réels.
Les conséquences sociales qu’elle décrit sont lourdes : loyers impayés conduisant aux expulsions des écogardes de maisons; enfants déscolarisés ; impossibilité de « se vêtir convenablement » ou de manger correctement ; couples détruits par la pression financière ; stigmatisation sociale où l’écogarde devient « un cocufié qu’on pointe du doigt dans le quartier ». Ces maux illustrent une réalité profonde de désillusion et de dégradation sociale.
Les écogardes affrontent des braconniers armés, des zones isolées, des environnements hostiles. Ils mettent véritablement leurs vies en danger pour défendre la biodiversité. Ce sacrifice, fait savoir L. Lila, se heurte souvent au « mépris », à la « maltraitance » et au « bafouement ».
Le paradoxe est évident : comment exiger de tels engagements lorsque la reconnaissance institutionnelle n’est pas au rendez-vous ?
Cette critique intervient dans un contexte où les autorités promettent davantage de dignité et de justice sociale. Là encore, L. Lila souligne l’incohérence perçue : « Si pour cette République ce traitement est synonyme de dignité retrouvée, alors tous à vos dictionnaires… »
En citant même une célèbre phrase politique de l’ancien président: « je dis ce que je fais et je fais ce que je dis… » . Elle questionne directement la cohérence des engagements publics et demande : « Mais que dit l’actuel Président sur cette situation déplorable ? ». Une interrogation qui résonne largement dans l’espace public.
Ce qui ressort de cette prise de parole citoyenne, ce n’est pas uniquement la colère : c’est la crainte que la passion pour ce métier disparaisse. Lorsque la vocation se heurte à la survie, la profession perd son attractivité.
Cette perte d’intérêt menace toute la stratégie nationale de conservation, car sans agents motivés et stabilisés, la protection des parcs devient fragile.
Les réactions telles que celle de L. Lila rappellent une évidence trop souvent oubliée : la protection de la nature repose sur des femmes et des hommes qui, aujourd’hui, se sentent abandonnés. Si le Gabon veut continuer à incarner un modèle de conservation, il doit d’abord restaurer les conditions de vie de celles et ceux qui protègent ses parcs au quotidien.
Car défendre la biodiversité commence par défendre ceux qui en sont les sentinelles.






