Tout-puissant ministre du Tourisme sous la période de la Transition, Pascal Ogowet Siffon serait, d’après des sources concordantes, arrêté par les services du B2. Le ministre serait soupçonné de détournement de fonds publics. Pour les plus avisés, cette arrestation était presque prévisible, tant le modèle de gouvernance du secteur touristique était sujet à caution sous la bannière de ce dernier.
D’après Média241, cette interpellation s’inscrit dans le cadre d’une enquête portant sur de présumées irrégularités financières au sein du ministère du Tourisme durant son passage aux affaires. Les enquêteurs s’intéresseraient notamment à la gestion de fonds publics d’une enveloppe d’environ 10 milliards de francs CFA, initialement destinés à des actions de promotion et de rayonnement du secteur touristique national. D’après les premiers éléments évoqués, une partie de ces ressources fait l’objet de soupçons de détournement.
Fraîchement arrivé au ministère du Tourisme, Pascal Ogowet Siffon avait été chargé par le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, de dessiner une nouvelle trajectoire pour le secteur. Pour ce faire, le ministre avait élaboré une stratégie de développement touristique basée sur des solutions durables, lesquelles reposaient sur quatre objectifs alliant investissements immatériels et matériels pour le bénéfice des générations futures. L’un des points d’achoppement de cette stratégie consistait à inciter les Gabonais à découvrir les richesses de leur pays. Autour d’une caravane baptisée « Caravane Touristique du Gabon », le ministre avait, durant deux célébrations, embarqué les Gabonais dans une aventure touristique dite, selon lui, « sans précédent ».
« Notre ambition est de bâtir un tourisme gabonais exemplaire, qui conjugue attractivité, responsabilité et retombées économiques tangibles pour nos populations », projetait-il. Sa volonté : faire passer la contribution de moins de 5 % à 10 % du PIB à moyen et long terme. Cependant, en balayant d’un revers de la main les politiques de développement du secteur initiées par ses prédécesseurs et en limitant le champ d’action des tour-opérateurs, leviers stratégiques pour le développement du secteur, le ministre avait insidieusement raté le décollage de sa stratégie. Surtout qu’en Afrique, très rares sont les pays qui ont développé ce pan de l’économie nationale sans miser d’abord sur les flux de touristes étrangers. Or, Pascal Ogowet Siffon avait misé pour l’inverse. Dans le milieu du tourisme, sa démarche faisait l’objet de critiques, perçue sous le prisme de l’amateurisme plus que d’un pragmatisme sectoriel.
Deux ans après, après l’échec d’une deuxième caravane et un secteur toujours atonique, les faits parlent d’eux-mêmes. Pascal Ogowet Siffon, plutôt que d’être parvenu à donner à Brice Clotaire Oligui Nguema les garanties d’une efficacité annoncée, lui a plutôt offert une raison de douter de lui. Pour les plus avisés, l’absence de l’image d’Ogowet Siffon lors du dépôt de démission à la présidence de la République était révélatrice d’un souci à venir pour ce dernier. Il n’aura pas fallu longtemps pour que ce constat se confirme.
Rattrapé par son modèle de gestion plus douteux que pratique et concret du secteur touristique, Pascal Ogowet Siffon aurait été pris dans les mailles des services spéciaux. Cette arrestation, fondée soit-elle, en dit long sur le conflit d’intérêts dont le ministre s’était illustré en maître avec l’attribution des marchés au Cap-Caravane, dont, selon certaines sources, il serait le propriétaire. Cette déchéance, si elle en est une, doit servir d’exemple aux autres membres du gouvernement qui, durant longtemps, ont pensé que l’argent public était le leur.
Affaire à suivre…
Séraphin Lame






