À l’approche des fêtes de fin d’année, une opération de contrôle menée par l’Agence nationale des parcs nationaux (ANPN) est venue bouleverser l’activité de la pêche artisanale à Libreville. Vendredi 19 décembre 2025, les agents de l’ANPN ont procédé à la saisie de 23 moteurs hors-bords appartenant à des pêcheurs artisanaux, surpris en pleine activité dans une zone classée et interdite à la pêche.
Le contrôle, qualifié d’inopiné, s’est déroulé au Centre d’appui à la pêche artisanale (CAPAL), principal point de débarquement du poisson destiné aux marchés de la capitale. Selon l’ANPN, les pêcheurs concernés opéraient à l’intérieur du périmètre d’un parc national, en violation de la réglementation en vigueur visant à préserver les écosystèmes marins.
Une activité à l’arrêt sur le quai de débarquement
Sur le quai du CAPAL, le silence tranche avec l’effervescence habituelle. Les pirogues, privées de leurs moteurs, restent immobilisées. Pour les pêcheurs sanctionnés, cette saisie — prévue pour une durée de deux semaines — équivaut à une paralysie totale de leur activité.
« Ils ont pris plus de 23 pirogues. On fait comment pour s’en sortir ? Les moteurs ne sont pas là, pour moi c’est compliqué », témoigne Emmanuel, l’un des jeunes Gabonais concernés par la mesure.
Certains pêcheurs reconnaissent avoir été interpellés dans une zone protégée, tout en soulignant que ces espaces sont connus pour leur abondance en ressources halieutiques. C’est le cas de Daril Manfoumbi, étudiant et pêcheur occasionnel, qui assume les faits tout en exprimant son incompréhension.
« Ils nous ont arraché le moteur parce qu’ils nous ont trouvés dans la zone du parc. Mais c’est là où sont les poissons. C’est là où nous, jeunes Gabonais, nous pêchons », explique-t-il, avant de dénoncer un manque d’information préalable. « Il n’y a pas eu de communiqué pour prévenir qu’on se ferait arrêter si on nous trouve dans le parc », ajoute-t-il.
Pénurie de poisson sur les marchés
Les conséquences de cette opération se font rapidement sentir dans les marchés de Libreville. La raréfaction du poisson provoque inquiétude et pertes financières chez les vendeuses, particulièrement en cette période de forte demande.
« On a rien ! Comment va-t-on faire ? Comment va-t-on passer les fêtes ? C’est un manque à gagner pour nous et pour les enfants qui partaient à la pêche », déplore Esther Sourayo, présidente des vendeuses de poisson.
Cette situation alimente également la crainte d’une hausse des prix, au détriment des consommateurs, alors que le poisson demeure une source essentielle de protéines pour de nombreuses familles gabonaises.
Entre protection environnementale et enjeux sociaux
Du côté des organisations professionnelles, la mesure est perçue comme sévère à l’égard des pêcheurs artisanaux. La Fédération gabonaise de la pêche artisanale estime que la pression exercée sur les petits acteurs du secteur contraste avec des contrôles jugés moins visibles sur les activités de pêche industrielle en haute mer.
Contactée pour réagir à ces accusations, l’administration n’a pas souhaité commenter. Reste une équation délicate pour les autorités : assurer la protection des aires marines et de la biodiversité tout en préservant les moyens de subsistance de milliers de Gabonais.
À quelques jours des fêtes de fin d’année, cette opération relance le débat sur la nécessité d’un meilleur dialogue, d’une communication renforcée et d’un accompagnement plus adapté des pêcheurs artisanaux face aux impératifs de conservation.
La Lettre Verte






