Entre structuration du secteur et ambition d’un écotourisme à forte valeur ajoutée, le Gabon enclenche une nouvelle phase de sa stratégie touristique. La décision du Conseil des ministres du 29 janvier 2026 de recenser et de régulariser les opérateurs, conjuguée à l’exploration du modèle kényan de Suyian, révèle une volonté de bâtir un tourisme durable fondé sur la conservation, l’investissement responsable et la création de richesses locales.
À l’issue du Conseil des ministres du 29 janvier 2026, le gouvernement gabonais a donné son accord au lancement d’une opération nationale de sensibilisation et de recensement des opérateurs du secteur touristique. Portée par le ministère du Tourisme durable et de l’Artisanat, cette initiative vise à structurer un secteur encore marqué par l’informel, en conformité avec la loi n°034/2020 régissant les activités touristiques.
L’opération prévoit notamment l’identification des acteurs du secteur en vue de la constitution d’un fichier national digitalisé, l’encouragement à la régularisation des situations administratives et le renforcement de la synergie entre l’administration centrale, les collectivités locales et les opérateurs privés. L’objectif affiché est clair : créer un cadre organisé, lisible et propice à un développement harmonieux et inclusif du tourisme gabonais.
Cette décision intervient dans un contexte où le Gabon affirme plus largement son ambition de faire du tourisme durable un levier stratégique de diversification économique. Car à la veille du Conseil des ministres, le 28 janvier 2026, le ministre des Eaux et Forêts, Maurice Ntossui Allogo, s’est rendu au Kenya pour s’inspirer du modèle d’écotourisme haut de gamme de la réserve de Suyian, un sanctuaire de 44 000 acres géré en partenariat avec l’organisation Space for Giants.
À Suyian, la conservation de la biodiversité repose sur un modèle économique fondé sur un tourisme d’excellence, capable de financer durablement la protection des écosystèmes tout en générant des retombées concrètes pour les communautés locales. Ce modèle, articulé autour de la préservation de la faune, du développement local et de la rentabilité économique, illustre une approche où la durabilité devient un facteur de création de valeur.
Pour les autorités gabonaises, l’enjeu est désormais d’adapter ce type d’expérience au contexte national. Le Gabon dispose d’atouts naturels majeurs, notamment ses parcs nationaux, appelés à devenir des pôles d’attractivité pour un tourisme de nature à forte valeur ajoutée. Mais cette ambition suppose, en amont, un secteur structuré, formel et conforme aux normes en vigueur.
C’est précisément à ce niveau que la décision du Conseil des ministres prend tout son sens. En organisant et en encadrant les opérateurs touristiques, l’État pose les bases institutionnelles nécessaires à l’émergence d’un écotourisme crédible, attractif pour les investisseurs et cohérent avec les objectifs de conservation. À terme, cette articulation entre régulation, innovation économique et protection de l’environnement pourrait faire du tourisme durable un pilier de la souveraineté économique et écologique du Gabon.
Wilfried Mba N.






