Le Fonds Vert pour le Climat (FVC) a désigné Abidjan, la capitale ivoirienne pour abriter son bureau régional Afrique. Ce bureau va couvrir trois grandes régions du continent : l’Afrique de l’Ouest, l’Afrique centrale et une partie de l’Afrique du Nord. La décision a été entérinée lors de la 44e session du Conseil d’Administration qui s’est tenue en Incheon, en Corée du Sud, du 25 au 28 mars 2026.
Si ce choix apparaît comme une surprise pour les pays de la région Afrique centrale qui composent la région du bassin du Congo, le second poumon vert de la planète, il constitue une reconnaissance de la stabilité et de la capacité institutionnelle de la Côte-d’Ivoire. Par cette décision en effet, le pays d’Alassane Ouattara s’impose comme hub des financements climatiques plaçant Abidjan au centre de l’allocation des ressources financières pour la région.
Abidjan peut donc trinquer, puisque par-delà tout, cette décision est une preuve de la reconnaissance de la force de sa diplomatie climatique jugée très « active » et une « stratégie nationale bas‑carbone cohérente » selon des spécialistes. En effet, la Côte d’Ivoire s’est engagée à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 33,7% d’ici 2035 conformément à la planification carbone de sa Contribution déterminée nationale (CDN 3.0). Cette réduction cible l’énergie, l’agriculture et la foresterie. Sa stratégie climatique repose sur l’atténuation, l’adaptation et le financement, formalisée par la Loi n° 2025-528 du 25 juin 2025.
Cette trajectoire climatique est en deçà de celle du Gabon dont les prévisions de lutte contre les émissions de gaz à effet de serre tablent sur une réduction de 50% d’ici 2025 et à maintenir la neutralité carbone après 2050. Et, bien au-dessus des projections de la RDC qui, lui, table sur une réduction de 21% d’ici 2030 grâce à un mécanisme de gestion durable des forêts basé sur la REDD+.
Sur le volet couvert forestier, la couverture forestière de la Côte d’Ivoire a chuté de façon spectaculaire, passant d’environ 16 millions d’hectares au début du XXe siècle à moins de 3 millions aujourd’hui, soit environ 9 à 10% du territoire. Comparativement, le Gabon c’est plus de 23 millions d’hectares de forêt représentant 88% du territoire national contre 130 millions d’hectares pour la RDC soit, 60% du territoire couvert de forêt.
Suivant le mécanisme REDD+, ces deux pays détiennent un avantage comparatif climat indiscutable lorsque l’on établit le lien entre l’atténuation des changements climatiques et la protection de la forêt. Malheureusement, ces indicateurs n’ont pas suffi à convaincre le Fonds vert pour le climat (FVC) de s’installer dans l’un des pays du bassin du Congo. C’est à considérer que les exploits et valeurs climatiques énoncés plus haut ne suffisent pas. Les critères de stabilité politique et institutionnelle, y compris celui de la dynamique diplomatique ont certainement joué un rôle déterminant dans ce choix. Sur ce volet, qu’il s’agisse du Gabon ou de la RDC, les figures de proue de la préservation de l’environnement au sein du bassin du Congo, les indicateurs concernant les critères énumérés ne sont pas forcément au beau-fixe. Stabilité politique et institutionnelle, mauvaise gouvernance, corruption alimentent le rythme administratif dans ces pays. Ce qui constitue une tâche.
Il va s’en dire que ce choix compromet surtout la position de leadership tant véhiculée par ces pays sur la question du climat et devrait les amener à redoubler d’effort, car c’est en soi, un mauvais signal pour leur diplomatie environnementale. Toutefois, en dépit de ce tableau, maintenant qu’Abidjan abrite officiellement le fonds, une question demeure. Le choix d’Abidjan pourra-t-il faciliter l’accès des pays africains aux financements verts ? Cette question à tout son sens, lorsque l’on sait que l’accès aux fonds verts constitue le cheval de bataille du pilier stratégie climatique du continent. Durant les différentes COPs, cette position a été souvent largement promue par les différents pays qui revendiquent des compensations financières, alors que le continent n’émet que 4% des gaz à effet de serre mondiaux et, parallèlement, subit de plein fouet les conséquences du changement climatique. A ce stade, il paraît peut-être trop tôt de se positionner face à cette question. Mais, seul l’avenir nous répondra.
Michael Moukouangui Moukala





