Dans son dernier rapport sur les perspectives économiques, la Banque mondiale met en lumière un enjeu central pour les pays du bassin du Congo. Dans cette région qui constitue l’un des plus grands massifs forestiers de la planète, l’exploitation illégale du bois continue de peser lourdement sur les économies nationales. Si le phénomène est régional, ses conséquences apparaissent particulièrement préoccupantes pour le Gabon, dont le modèle de développement repose largement sur la valorisation de son capital naturel.
Selon plusieurs estimations relayées dans ce contexte, jusqu’à 90% des activités forestières dans le bassin du Congo pourraient être entachées d’irrégularités. Les pertes économiques qui en découlent sont considérables : environ 100 milliards de francs CFA par an pour le Cameroun, et plus de 180 milliards de francs CFA pour le Gabon. Ces chiffres, en cohérence avec les préoccupations soulevées par la banque mondiale, illustrent l’ampleur d’un phénomène qui prive les États de ressources fiscales importantes, fragilisant les filières légales du bois et compromettant les efforts de transformation locale, pourtant au cœur des recommandations de l’institution financière.
Dans son rapport, la Banque mondiale insiste en effet sur la nécessité pour le Gabon de renforcer la transparence et les mécanismes de contrôle, notamment dans les secteurs extractifs et forestiers. L’objectif est de garantir une meilleure gouvernance des ressources naturelles, tout en favorisant la création de valeur ajoutée locale et d’emplois durables. Cette exigence s’inscrit dans une dynamique plus large visant à faire du capital naturel un véritable levier de croissance économique, plutôt qu’une simple source d’exportation de matières premières.
La complexité du phénomène d’exploitation illégale renforce l’urgence d’agir. Comme le souligne Roger Darnel Nguema Ondo, juriste gabonais spécialiste des questions environnementales : « L’exploitation illégale d’une forêt désigne la coupe, le transport, l’achat ou la vente de bois en violation des lois nationales ou locales. Cette exploitation inclut aussi le vol de bois, l’exploitation sans permis et le non-respect des règles environnementales. Ce fléau qui est la cause majeure de la déforestation, alimente généralement le crime ».
Au-delà de la dégradation environnementale, cette réalité met en évidence des circuits informels souvent structurés, où se mêlent corruption, contournement des règles et faiblesse des dispositifs de contrôle.
Face à ces défis, la Banque mondiale appelle également à une mobilisation accrue des financements climatiques et à une meilleure reconnaissance des services environnementaux rendus par les forêts du bassin du Congo. Pour le Gabon, qui s’affirme comme un acteur engagé dans la protection de la biodiversité, cette orientation représente une opportunité stratégique. Encore faut-il que les mécanismes de gouvernance soient suffisamment solides pour rassurer les partenaires internationaux et capter ces financements.
Séraphin Lame






