Le lancement de la recherche sur l’ibogaïne aux États-Unis, portée par un décret de Donald Trump, marque un tournant scientifique notable. Mais cette dynamique soulève en parallèle des interrogations sur la reconnaissance des savoirs traditionnels gabonais et sur l’équilibre des partenariats autour de cette ressource stratégique du Gabon.
Il y a des silences qui en disent long. Lorsque les États-Unis amorce un tournant décisif dans la recherche sur l’ibogaïne, cette molécule issue d’une plante dont le berceau est le Gabon, sans citer explicitement le pays, ce n’est pas un simple oubli. C’est un signal. Un signal que le Gabon aurait tort d’ignorer.
C’est ce qui vient de se produire avec l’ONG américaine derrière l’initiative ayant conduit le président américain, Donald Trump à se pencher sur la question de l’Iboga. Au lendemain de cette signature, l’ONG, publiant sur ses réseaux officiels, a sciemment omis de mentionner le Gabon comme origine légitime de l’Iboga avant, quelques jours plus tard, de se rétracter.
Ce constant, épouse une mécanique bien connue, où une ressource née en Afrique valorisée ailleurs et transformée ailleurs, puis réintroduite sur le marché mondial à un prix que les pays d’origine ne maîtrisent pas. L’histoire des matières premières africaines est jalonnée de ce précédent. Bois, minerais, pétrole,… autant de richesses prélevées dans le continent mais dont par la suite, la valeur réelle s’est construite hors de celui-ci. L’iboga pourrait-il suivre le même chemin ?
Rien n’est encore joué. Mais tout dépendra de la capacité du Gabon à anticiper. A ce sujet, la posture adoptée par Guy Bertrand Mapangou, président du Conseil économique, social, environnemental et culturel (CESEC), au lendemain de l’annonce de cette signature est assez illustrative du recul que le Gabon doit adopter. « La décision du Président Donald Trump n’est pas une surprise. Elle confirme une réalité : le monde s’intéresse sérieusement à l’Iboga. Mais soyons lucides ! Ce type d’initiative s’inscrit dans une dynamique globale où les grandes puissances cherchent à capter des ressources stratégiques », faisait savoir le président du CESEC dans une interview accordée au quotidien d’information l’Union.
Et pour cause, le communiqué publié après coup par Americans For Ibogaine, mettant en avant Libreville, la souveraineté et la réciprocité, sonne comme un réajustement. Mais en matière de communication comme en politique, le premier récit est souvent celui qui s’impose et qui fixe les intentions.
Le temps n’est donc plus à la réaction, mais à l’action. Les autorités gabonaises doivent prendre la pleine mesure de ce qui se joue autour de l’iboga. Si possible et nécessaire, domestiquer la transformation locale de cette ressource, en imposant aux américains d’impliquer les scientifiques gabonais et partenariat équitable des retombées.
Il ne s’agit pas de rejeter l’intérêt américain, ni de fermer la porte à la coopération. Bien au contraire. Mais une coopération sans équilibre n’est pas un partenariat, c’est une dépendance. Le Gabon dispose ici d’un levier rare, celui d’une ressource stratégique à fort potentiel scientifique et économique, déjà au cœur d’un intérêt international croissant. Encore faut-il transformer cet avantage en pouvoir de négociation.
Wilfried Mba N.






