Si jadis, le secteur forêt-bois faisait la fierté de l’économie nationale, booster par la compétitivité des entreprises, celui-ci n’est plus que l’ombre de lui-même, impacté par des difficultés d’ordre exogènes et endogènes, dont le tassement de la demande asiatique, les contraintes logistiques et les tensions liées au paiement de la TVA.
Relancer la filière forêt-bois grâce à un nouveau modèle économique fondé sur de nouveaux actifs et une trajectoire de développement repensé, le Gabon y songe depuis plusieurs années. En septembre 2025, à l’occasion du Forum économique forestier, une plateforme de dialogue public-privé destiné à répondre aux impératifs du secteur, le pays jetait les bases d’une autopsie sans complaisance du secteur. Cette logique de réflexion et de concentration au secteur forêt-bois n’était cependant pas nouvelle. Du temps de la gouvernance d’Ali Bongo Ondimba, les mêmes ambitions étaient affichées mais sans pour autant avoir produit d’effet.
De 36,9 en 2000, le secteur affiche aujourd’hui, un taux de croissance d’à peine 3,9%. Pour remonter progressivement la pente, les autorités gabonaises tablent sur une croissance sectorielle à 5% d’ici 2030, en vue de « doubler la contribution du secteur aux recettes publiques annuelles ». Cela supposera de « passer de 41 milliards de francs CFA en 2023 pour dépasser 100 milliards en 2030 ». Pour Maurice Ntossui Allogo, pas de miracle pour atteindre ces ambitions de croissance. La formalisation et une traçabilité des ressources exploitées sont les principaux ingrédients.
Atteindre ces ambitions relèverait pour autant d’un exploit dans un contexte de marché assez tendu. En effet, en proie à une crise contenu, la production forestière nationale est en recule depuis 2022, sous l’effet du ralentissement des marchés internationaux notamment chinois, des tensions de trésorerie persistantes, un allongement des délais de remboursement des crédits TVA, combiné à des coûts logistiques élevés, des contraintes énergétiques réelles et la fragilité du secteur.
En dépit de bonnes intentions des ambitions affichées, la filière aborde une nouvelle phase structurelle avec une ressource plus diffuse et moins rentable à exploiter, imposant une révision du modèle économique de long terme pour de nombreuses entreprises. L’Union des forestiers et industries du Gabon (Ufiga) au fait de cette réalité, ne manque pas d’interpeller le Gouvernement sur la nécessité de trouver une planche de salut pour sortir le secteur de cette léthargie. Si le ministre des Eaux et Forêts, reconnaît la responsabilité du gouvernement dans cette situation de crise, ce dernier avait invité, lors du forum de septembre 2025, les entreprises forestières à se « réinventer ».
Pour que cette réinvention soit effective, il faudra, pour emprunter l’argumentaire de Cécile Abadie, Ambassadrice de l’Union européenne au Gabon, trois facteurs de succès doivent être assurés : (i) une vision d’avenir conjointement construite pour un modèle plus performant, (ii) des solutions pratiques aux épreuves qui impactent sérieusement aujourd’hui leur rentabilité et enfin, (iii) un véritable cadre de concertation à travers l’institutionnalisation d’une plateforme public/privé.
S’agissant de solutions pratiques, il apparaît ici que la montée en gamme industrielle, notamment la 2e et 3e transformation, l’augmentation des investissements, des conditions-cadres améliorées et la diversification des marchés pour réduire la dépendance à l’égard des marchés asiatiques sont nécessaires. Certes, les mécanismes de transparence comme la certification forestière sont nécessaires mais à eux seules, ils ne permettent pas de répondre à tous les impératifs de crise. Le Gouvernement, en collaboration avec les acteurs du secteur doit structurer la gouvernance de ce secteur et enclencher de nouveaux leviers de développement.
Michael Moukouangui Moukala






