Le Grand-Libreville est en “guerre” depuis plusieurs semaines contre les ordures ménagères. Mais une question reste sans réponse : que devient la Contribution pour les Ordures Ménagères (COM), ce prélèvement de 7% appliqué à chaque recharge EDAN ?
Instituée par la loi n°047/2018, cette taxe affectée est censée financer exclusivement le ramassage des déchets, le balayage des rues et le curage des caniveaux. Sur le papier, le mécanisme est limpide. Dans la réalité, les Gabonais peinent à en voir la traduction concrète sur le terrain.
Un circuit financier à trois étages
Le dispositif repose sur la SEEG, simple intermédiaire technique : elle prélève les 7% au moment de l’achat des tickets EDAN, avant de reverser les sommes au Trésor public, sous supervision de la Direction générale des impôts (DGI). Autrement dit, l’argent transite par la SEEG mais n’appartient jamais à la société, il file directement vers les caisses de l’État, reste ensuite les autorités gabonaises de le redistribuer aux communes pour financer la collecte. C’est précisément à ce second maillon, entre le Trésor et les mairies, que le bât semble blesser.
Des montants qui donnent le vertige
Les chiffres avancés dans les projections budgétaires donnent la mesure de l’enjeu : la COM aurait permis de mobiliser environ 5,7 milliards de FCFA en 2025, avec une ambition de 8,3 milliards annoncée dans le cadre du PLF 2026 avant qu’un compromis parlementaire ne vienne revoir la réforme à la baisse. Au mois, cela représente environ 475 millions de FCFA collectés à l’échelle nationale rien que sur cette ligne. À l’échelle d’un ménage consommant pour 30 000 FCFA d’électricité par mois, la ponction COM avoisine 2 100 FCFA mensuels, soit environ 25 200 FCFA sur une année, une somme discrète facture par facture, mais colossale une fois agrégée à l’échelle du pays.
L’équation qui ne tient pas
Le problème n’est donc pas l’existence de la taxe, mais l’écart béant entre les milliards collectés et l’état des rues de Libreville, d’Akanda, d’Owendo ou de Ntoum. Si près de 500 millions de FCFA rentrent chaque mois dans les caisses au titre du seul ramassage des ordures, comment expliquer la persistance de dépôts sauvages dans la quasi-totalité des quartiers ?
La question posée aux autorités gabonaises n’est plus de savoir si la taxe doit exister, mais si son produit atteint réellement les communes et les opérateurs de collecte, ou s’il se dilue quelque part entre le Trésor et le terrain.
Source : DirectInfosGabon






