Le Gabon compterait entre 3 000 et plus de 5 000 rivières, selon les estimations de l’Agence nationale des parcs nationaux et de la Direction générale des Écosystèmes aquatiques (DGEA). Ces données doivent cependant être prises avec beaucoup de pincettes, en raison de plusieurs facteurs. À l’occasion de la Journée mondiale des rivières (World Rivers Days), célébrée ce dimanche 27 septembre 2026, la DGEA invite à préserver ce patrimoine essentiel à la vie sur Terre.
« L’eau, c’est la vie ! », entend-on souvent. Cette formule rappelle le rôle prépondérant de la disponibilité de l’eau dans le cycle de la vie sur Terre. À travers la planète, 96,5 % de l’eau disponible est salée, contre globalement seulement 2,5 % d’eau douce, dont 30 % d’eau souterraine et 1,2 % d’eau de surface. En termes de répartition géographique et hydrographique, les rivières et les fleuves représentent à peine 0,49 % de la ressource disponible. Ce qui nécessite de gérer durablement ce précieux patrimoine hydrographique.
Au niveau national, le domaine continental gabonais comprend un réseau hydrographique très dense d’environ 10 000 km², un vaste ensemble d’estuaires et de lagunes côtières couvrant près de 2 700 km², un écosystème de mangroves qui s’étend sur 1 497 km² et un potentiel en eau souterraine. Selon les estimations de l’Agence nationale des parcs nationaux (ANPN) et de la Direction générale des Écosystèmes aquatiques (DGEA), le Gabon compterait ainsi entre 3 000 et plus de 5 000 rivières. Ces données, non officielles, nécessitent du recul, en raison de plusieurs facteurs. En dépit de ce riche patrimoine hydrographique, à la différence des pays sahéliens, nombre de ces rivières sont sous pression anthropique au Gabon.
Restaurer les rivières pour pérenniser la vie
La célébration mondiale de la Journée mondiale des rivières met cette année l’accent sur le lien inouï existant entre les forêts, les rivières, l’eau et la vie de façon globale. Le thème international, « Pas de forêts, pas de rivières, pas d’eau, pas de vie », rappelle l’urgente nécessité de maintenir cet équilibre, alors que la déforestation, à travers le monde, perturbe gravement le cycle naturel de l’eau, précipite la sécheresse, l’ensablement et la pollution des rivières. « Cette journée, célébrée chaque dernier dimanche du mois de septembre, constitue un moment privilégié pour rappeler combien les rivières occupent une place fondamentale au cœur de la vie, de l’ensemble des écosystèmes et des activités humaines », a fait savoir Delphin Mapaga, Secrétaire général du ministère des Eaux et Forêts.

Au Gabon, la DGEA a profité de cette célébration pour sensibiliser les acteurs de l’eau sur la nécessité de « Restaurer les rivières pour protéger la biodiversité et les populations ». À cette occasion, des présentations sur « l’Évaluation des pressions anthropiques sur les principales rivières au Gabon », « le cas de la rivière Moulili » par la Comilog et « l’Atlas des eaux douces du Gabon », présenté par la DGEA en collaboration avec The Nature Conservancy (TNC), ont mis en lumière les conséquences de la pression humaine sur l’équilibre des rivières, les solutions mises en place pour restaurer ces écosystèmes et le rôle des études scientifiques pour une meilleure connaissance de la situation globale des rivières du Gabon.
Les échanges entre les panélistes et l’assistance, quant à eux, ont été un baromètre de l’impact des missions de la DGEA, des implications de celle-ci dans la préservation des rivières au niveau national, du niveau de collaboration avec les autres départements sectoriels, de l’impact des activités industrielles légales et illégales sur l’équilibre écologique des rivières et de la connaissance technique et scientifique globale du réseau hydrographique national.
La Moulili et Gué-Gué, deux cas d’école de pressions anthropiques
Les présentations faites par Lissambou Brandet, du service environnement de la Comilog, sur la rivière Moulili, située à Moanda, dans la province du Haut-Ogooué, et celle de Leslie Liliane Ivega Moussounda, chargée d’études à la DGEA, sur la rivière Gué-Gué, dans le premier arrondissement de la commune de Libreville, ont mis en avant les conséquences tangibles de la cohabitation entre les activités industrielles, l’homme et les rivières. En effet, jadis cours d’eau ordinaire servant à plusieurs usages pour les populations, la Moulili est aujourd’hui une rivière chargée en fines de manganèse en raison de l’implantation de la laverie de la Comilog. À plusieurs kilomètres de Moanda, à Libreville, la rivière Gué-Gué, plus que l’ombre d’elle-même, tente de résister aux diverses pollutions dues notamment à l’incivisme des populations des quartiers qu’elle traverse.
Ces deux cas de figure sont des exemples de la pression exercée par l’homme sur les écosystèmes des rivières, quand bien même, reconnaissons-le avec le Secrétaire général du ministère des Eaux et Forêts, ces rivières, à un moment ou à un autre, ont constitué des habitats essentiels pour de nombreuses espèces animales et végétales, tout en contribuant au maintien de la biodiversité et en soutenant les activités économiques et sociales des communautés.
« Ces pressions, reconnaît le Secrétaire général, peuvent avoir des conséquences importantes sur la qualité de l’eau, la biodiversité aquatique, la santé des populations et les activités économiques qui dépendent directement ou indirectement [des rivières]. » Pour Jean Fortuné Ntouna Kambangoye, directeur général adjoint de la DGEA, la sensibilisation et la mutualisation des efforts peuvent être des catalyseurs pour restaurer ces écosystèmes essentiels.
La rivière, un patrimoine multi-services
Les rivières, prises dans leur globalité, rendent des services écosystémiques indiscutables à l’homme. « On parle des rivières parce qu’elles nous aident. Elles sont importantes pour notre santé, car elles nous rendent des services écosystémiques comme celui de se laver, faire la lessive, la vaisselle, collecter de l’eau pour boire ou pour les autres usages, pêcher », explique le DGEA. « Cela compris, la restauration des écosystèmes aquatiques est essentielle aux efforts mondiaux d’atténuation et d’adaptation aux changements climatiques, notamment aux inondations, sécheresses et tempêtes extrêmes. »
Au Gabon, le manque de moyens techniques, matériels et humains ne permet pas de faciliter le travail de restauration souhaité. En cela, la journée est aussi un appel de la DGEA au renforcement des capacités opérationnelles.
Michael Moukouangui Moukala






