Agro-industriel opérant majoritairement dans le sud du Gabon pour ce qui est du palmier à huile, Olam Palm Gabon a annoncé hier, lundi 28 septembre 2026, avoir finalisé son projet d’irrigation goutte-à-goutte souterraine entièrement automatisée. Présenté comme un projet au service d’une résilience maîtrisée de la ressource en eau souterraine, l’initiative soulève des questions, alors que le palmier à huile est considéré comme une plante hydrovore.
Dans une communication diffusée sur sa page LinkedIn et ventilée auprès de ses médias partenaires, Olam Palm Gabon vante la modernisation de ses pratiques agricoles avec l’achèvement de la phase finale de son projet d’irrigation goutte-à-goutte souterraine entièrement automatisée. « Conçu et dimensionné pour couvrir 13 119 hectares, le projet compte aujourd’hui 8 370 hectares équipés, dont 7 291 hectares activement irrigués en 2026 », soutient l’industriel dans sa communication.
Ce projet constitue, selon Olam Palm Gabon, le plus grand projet d’irrigation goutte-à-goutte souterraine dédié au palmier à huile en Afrique et figure parmi les plus importants projets entièrement automatisés de ce type au monde. L’irrigation par goutte-à-goutte est une technique d’arrosage économe qui distribue l’eau et les nutriments lentement et directement au niveau des racines des plantes.
En clair, pour nourrir ses palmiers en eau, Olam va directement puiser dans les réserves souterraines de la localité où elle développe ses activités. Problème : si la technique retenue est en soi écologique, la moralité de l’industriel peut poser problème. Et pour cause, dans de nombreux cas, les industriels ont souvent annoncé des initiatives révolutionnaires de lutte contre le gaspillage et de conservation des ressources disponibles, mais, derrière, s’illustrent autrement, pratiquant parfois une sorte de greenwashing.
Secrétaire exécutif de l’ONG Muyissi Environnement, qui milite avec d’autres ONG à travers le continent contre l’expansion des plantations de palmier à huile et leurs revers sur la vie des communautés, Ladislas Ndembet voit d’un mauvais œil ce projet. « Le projet d’irrigation des plantations de palmiers à huile d’Olam dans la Ngounié, pour ne parler que de cette région, est un projet que nous redoutons et refusons, parce que la province est une partie du château d’eau du Gabon.
En effet, de nombreuses rivières et fleuves prennent leurs sources dans la province, notamment au sein du parc national des Monts-Biroungou. De plus, l’irrigation a beaucoup de conséquences sur le plan environnemental, économique et social et, bien évidemment, agronomique et climatique. Parlant spécifiquement du volet environnemental, l’irrigation entraîne la pollution de la nappe phréatique et un épuisement des ressources en eau », a-t-il fait savoir alors qu’il a été contacté par notre rédaction.
Dans le secteur industriel, l’usage de l’irrigation par goutte-à-goutte comme remède miracle suscite des avis mitigés entre ceux qui voient en elle une solution écologique et ceux qui, par contre, estiment qu’elle ne garantit pas systématiquement des économies d’eau à l’échelle globale. Souvent qualifiée de « mensonge » ou d’effet rebond industriel, cette technique met en compétition deux visions écologiques.
En soi, cette perception peut se comprendre, quand on sait qu’il faut une pluviométrie annuelle de 1 800 mm d’eau répartie de façon homogène sur l’ensemble de l’année pour nourrir les appétits en eau du palmier à huile. La question que l’on peut donc se poser est celle de savoir qui pour s’assurer qu’Olam Palm Gabon respecte le principe annoncé ? Cette question vaut son pesant d’or, car trop souvent, des industriels annoncent des initiatives écologiques juste pour soigner leur image dans une optique de marketing écologique.
Pour Hervé Omva, coordonnateur des programmes du Centre de recherche pour le développement international (IDRC Africa), cependant, pas question de jeter de pierre à l’initiative d’Olam, car, selon lui, la question de l’impact sur le stock d’eau disponible de la nappe phréatique n’a pas sa place dans le débat. « Lorsque l’on compare les réserves d’eau que nous avons, on ne devrait pas s’inquiéter du projet d’Olam. Par contre, le regard devrait être fait sur les intrants. Quels sont les intrants utilisés par Olam ? L’industriel, dans sa politique de préservation de l’environnement, va-t-il améliorer les engrais qu’il utilise ? », soutient-il, estimant que le système du goutte-à-goutte offre des conditions écologiques idoines pour la dynamique du biotope. « L’humidification du sol va permettre l’organisation d’un écosystème qui n’existait pas », soutient-il. Il y a une compensation. Il faut utiliser de bons produits qui ne souillent pas.
Le cas de la Zambie, où les pluies sont rares et où environ 85 % de la production nationale agricole dépend de la nappe phréatique, illustre le rôle stratégique des réserves souterraines d’eau dans le développement d’une agriculture résiliente. Hervé Omva invite cependant à orienter le regard vers la plus-value de ce dispositif pour le rendement des producteurs agricoles installés à la périphérie des plantations d’Olam. Il questionne notamment l’impact positif de cette installation pour les populations du village Fera, situé à quelques encablures des plantations de palmiers à huile.
Un autre aspect tout aussi important est celui de la plus-value de l’État, alors que les 70 000 hectares de plantations de palmiers à huile dont dispose Olam Palm Gabon concernent uniquement le développement de l’agro-industrie. L’exclusivité sur les ressources stratégiques comme l’eau n’étant pas au cœur du dispositif foncier, on est en droit de se demander ce que l’État gabonais gagne en contrepartie de l’utilisation de sa ressource en eau. La question reste posée et le débat ouvert.
Il va de soi que la question des changements climatiques a contraint Olam Palm Gabon à revoir la copie de son plan de développement pour exhumer son vieux projet d’irrigation de ses cultures face aux caprices du climat. Si, aujourd’hui, cette problématique prend de l’ampleur, les communautés environnantes ne sont pas moins épargnées. Ce qui suppose qu’Olam, dans sa politique RSE, intègre que ce modèle bénéficie également aux producteurs agricoles.
Enfin, la question des intrants doit figurer au panthéon des préoccupations de l’industriel qui, par le choix du système du goutte-à-goutte, veut donner l’image d’une société qui se préoccupe de l’environnement. Cette image doit aussi prendre en compte l’impact de ce système d’irrigation sur la qualité de l’eau souterraine.
Michael Moukouangui Moukala






