À Yaoundé, le journalisme scientifique cherche à changer d’échelle. Attendu du 24 au 28 novembre 2026 prochain au Cameroun, l’arrivée prochaine de Ben Deighton, président de la Fédération mondiale des journalistes scientifiques (WFSJ), permettra de défendre une idée encore peu développée dans les formations journalistiques africaines, celle d’un cursus universitaire consacré à cette spécialité.
Dans les laboratoires, les chercheurs produisent des connaissances sur la santé, l’agriculture, le climat, l’environnement ou encore les nouvelles technologies. Mais entre ces travaux et le grand public, il existe souvent une marge difficile à franchir. C’est précisément ce que les acteurs du journalisme scientifique veulent renforcer leur présence.
À l’occasion de la visite de Ben Deighton, Joseph Mbeng Boum, vice-président de la Fédération, a présenté une feuille de route dont l’une des principales propositions est l’ouverture d’un master en journalisme scientifique dans les universités publiques et privées. « Nous souhaitons acter avec le ministère de l’Enseignement supérieur une décision formelle qui autorise l’ouverture d’un master en journalisme scientifique », explique-t-il.
L’idée n’est pas simplement de créer une nouvelle spécialité universitaire. Elle répond à une difficulté que connaissent de nombreuses rédactions. Les sujets scientifiques occupent une place croissante dans l’actualité, mais les journalistes capables de les traiter avec les connaissances nécessaires restent encore peu nombreux.
Le climat en est une bonne illustration. Une étude sur l’évolution des températures, les précipitations ou les effets du changement climatique peut être difficile à comprendre pour un lecteur qui n’en maîtrise pas les notions scientifiques. Le travail du journaliste ne consiste alors ni à reproduire le langage du chercheur, ni à le simplifier jusqu’à le déformer.
« Nous avons besoin de former une masse critique de personnes qui peuvent traduire des résultats de laboratoire en un langage compréhensible par la communauté », souligne Joseph Mbeng Boum.
Cette réflexion sur la formation n’est d’ailleurs pas entièrement nouvelle. En 2023, une initiative soutenue par l’Unesco avait déjà réuni 17 journalistes issus de cinq médias camerounais et gabonais autour du traitement du changement climatique et des questions environnementales. Quatre mois de formation pour un groupe restreint. Trois ans plus tard, le Cameroun veut aller plus loin avec l’idée d’un master en journalisme scientifique.
L’enjeu prend une résonance particulière dans les deux pays, où les questions environnementales notamment occupent une place importante. Selon les données de la Banque mondiale, basées sur la FAO, 91,2 % du territoire gabonais était couvert de forêts en 2023, contre 42,7 % au Cameroun. Le Gabon comptait cette année-là environ 234 950 km² de forêt, contre environ 201 725 km² pour le Cameroun.
Ces chiffres montrent que, dans les deux pays, l’environnement ne constitue pas seulement une niche éditoriale. Il touche directement au territoire et à des enjeux qui concernent les populations.
Le Cameroun réfléchit aujourd’hui à la manière de former ceux qui raconteront la science. Le Gabon pourrait regarder cette expérience de près. Avec plus de neuf dixièmes de son territoire couverts de forêts, le pays ne manque pas de sujets scientifiques à raconter. Il lui manque peut-être encore les formations permettant à davantage de journalistes de les traiter avec toute la rigueur qu’ils exigent.
Car lorsqu’il s’agit de parler de biodiversité, de climat, de la pollution, de conservation, de zoonose, bref… de la santé, la maîtrise des outils journalistiques ne suffit pas toujours. Il faut aussi comprendre la science que l’on veut parler.
Wilfried Mba N






