Près de 70 millions de dollars sont annoncés pour accompagner la transformation urbaine du Grand-Libreville. Lancé le 4 novembre 2026 par le ministre de l’Environnement et du Climat, Stanislas Stephen Mouba, le projet GEF-8 doit intervenir pendant six ans dans les communes de Libreville, Owendo, Akanda et Ntoum. Gestion des déchets, mobilité, aménagement du territoire et protection des écosystèmes figurent parmi les domaines concernés. Reste à savoir comment ces engagements se traduiront dans des quartiers où les problèmes d’assainissement et d’occupation des sols persistent.
Les ambitions sont importantes. Le 4 novembre, à Libreville, le ministre de l’Environnement et du Climat, Stanislas Stephen Mouba, a officiellement lancé le projet « Gouvernance intégrée et transformation urbaine pour un Grand-Libreville durable », inscrit dans le huitième cycle de financement du Fonds pour l’environnement mondial (FEM), appelé GEF-8. Le programme concerne Libreville, Owendo, Akanda et Ntoum. Sa mise en œuvre est prévue sur six ans, jusqu’en 2032, avec l’appui du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD).
L’enveloppe annoncée avoisine les 70 millions de dollars. Mais ce montant mérite d’être précisé. D’après la fiche financière du FEM, la subvention propre du Fonds s’élève à 8,09 millions de dollars. Les 61,62 millions supplémentaires correspondent à des co-financements. Les deux montants ne sont donc pas de même nature : il ne s’agit pas de 69 millions de dollars directement versés par le FEM.
Au-delà de la gestion des déchets
Le programme ne se limite pas à la question des ordures ménagères, même si celle-ci reste l’un des problèmes les plus visibles dans le Grand-Libreville. Les dépôts sauvages, les caniveaux encombrés, les difficultés d’évacuation des eaux pluviales et le manque d’espaces verts font partie des réalités auxquelles les habitants sont régulièrement confrontés.
Le GEF-8 entend agir plus largement sur la manière dont les villes se développent. Il prévoit notamment de renforcer les outils de planification urbaine, d’améliorer la gouvernance environnementale, de soutenir des aménagements favorables à la nature et de développer des solutions en matière de mobilité et de construction durable.
La cartographie des zones exposées aux inondations fait également partie des enjeux. Dans une agglomération où l’extension des quartiers met parfois les espaces naturels sous pression, mieux connaître les zones à risque est une étape importante. Mais identifier une zone inondable ne règle pas le problème. Il faut ensuite encadrer les constructions, préserver les espaces qui jouent un rôle dans l’absorption des eaux et prévoir des ouvrages d’assainissement adaptés.
Le programme prévoit aussi un travail sur les réglementations, les capacités techniques des administrations et les connaissances disponibles. Autrement dit, il ne s’agit pas seulement de construire ou d’aménager. Les institutions chargées de planifier et de contrôler le développement urbain sont également concernées.
Les difficultés ne sont pas seulement techniques
Le diagnostic présenté par la direction générale de l’environnement et de la protection de la nature (DGEPN) fait ressortir plusieurs faiblesses : des responsabilités institutionnelles parfois dispersées, des ressources financières limitées dans les collectivités locales et un manque de capacités techniques. Ces difficultés ne sont pas nouvelles mais elles pèsent directement sur l’entretien des infrastructures et la continuité des services publics.
L’incivisme constitue un autre sujet. Des déchets jetés dans les caniveaux, des dépôts installés au bord des routes ou des occupations irrégulières des espaces publics compliquent le travail des services municipaux. Lorsqu’un ouvrage d’évacuation des eaux est obstrué par des déchets, sa capacité à remplir son rôle diminue. Les conséquences peuvent se faire sentir dès les premières fortes pluies.
Pour autant, réduire les problèmes d’insalubrité au comportement des habitants serait une lecture incomplète. La responsabilité des pouvoirs publics est aussi engagée. La sensibilisation ne suffit pas lorsque la collecte des déchets ne suit pas, que les équipements manquent ou que certains quartiers restent difficiles d’accès pour les services concernés. Il faut pouvoir sanctionner les comportements interdits, mais aussi proposer des solutions accessibles aux populations.
La question foncière est tout aussi importante. Les constructions dans les zones exposées aux inondations, la disparition des espaces naturels et l’occupation progressive de certaines zones humides rendent l’aménagement plus complexe. Sans contrôle effectif de l’occupation des sols, les investissements réalisés pour réduire les risques peuvent rapidement montrer leurs limites.
Des engagements financiers aux résultats sur le terrain
La mobilisation des financements sera l’un des premiers points à suivre. Sur les quelque 61,6 millions de dollars de cofinancements annoncés, il faudra connaître les contributeurs, la nature de leurs engagements et le calendrier de mise à disposition des ressources. Un financement inscrit dans un document de projet ne signifie pas nécessairement que l’ensemble des sommes est déjà disponible.
La répartition des dépenses mérite également d’être connue. Quelle part ira aux investissements sur le terrain ? Quelle autre sera consacrée aux études, à la formation des administrations ou au suivi du programme ? Les documents de présentation donnent les grandes orientations, mais les populations auront surtout besoin de savoir ce qui changera concrètement dans leurs communes et leurs quartiers.
D’ici à 2032, les résultats devront pouvoir être mesurés. La réduction des dépôts sauvages, l’amélioration de la gestion des déchets, la protection des espaces naturels et une meilleure prise en compte des zones inondables peuvent constituer des indicateurs utiles. Encore faudra-t-il disposer d’une situation de référence pour comparer les progrès réalisés.
Le GEF-8 arrive dans un contexte où les problèmes urbains du Grand-Libreville sont déjà bien identifiés. Le défi sera de passer des stratégies aux interventions effectives, avec des municipalités capables de les accompagner et des administrations qui travaillent dans la durée. Six ans peuvent permettre des avancées importantes. Mais le montant annoncé, à lui seul, ne garantit ni des quartiers plus propres ni une meilleure protection contre les inondations.
Wilfried Mba N.






