Dix-neuf ans après la première inscription de son site culturel Lopé-Okanda et environ quatre ans après l’inscription de son parc national de l’Ivindo, tous deux situés dans la province de l’Ogooué-Ivindo, le Gabon peine à valoriser ses sites classés patrimoines mondial de l’Unesco. Abandonnés à leur triste valeur, à la différence des sites de même calibre ailleurs, ce label n’est plus que de nom.
La patrimonialisation des sites culturels et naturels peut-être source de nombreux enjeux. Si les avis sont partagés sur la question des retombées économiques et financières de ce processus de valorisation internationale, nombreux sont les pays « européens » qui n’ont pas hésité à capitaliser sur ces inscriptions.
Avec ses 54 biens inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco, la France peut servir de référence pour mieux apprécier les enjeux en compétition dans le cheminement et la valorisation de la patrimonialisation. Bien que le pays soit connu pour attirer des touristes et investisseurs des quatre coins de la planète, l’inscription de ces sites et biens au patrimoine mondial de l’Unesco a contribué à relever, non seulement la valeur du patrimoine français, mais également l’attrait international pour ce pays.
En général, l’admission d’un site ou bien à la patrimonialisation se traduit généralement par une augmentation de la fréquentation de l’ordre d’au moins 20 à 30%. L’Île de la Réunion et la ville d’Albi au sud-ouest de la France n’ont pas échappé à cette conséquence. A la suite de leur inscription à l’Unesco, ces villes ont vu leur nombre de visiteurs (touristes) augmenté d’au moins 40%. Cet effet de levier était dû à l’annonce de la mobilisation urbaine qui a suivi l’inscription à l’Unesco. En effet, les sites inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco ont été restaurés et aménagés. Ce qui a eu un effet conséquent.
Riche de son patrimoine et de ses paysages culturels variés et de renommée internationale, la France s’est vue ces dernières années, relevée au rang de première destination touristique au monde. En France, les chiffres du tourisme illustrent fort bien les effets directs de la patrimonialisation des sites historiques et naturels, même si d’autres aspects peuvent entrer en compte. En 2009, le pays a accueilli 100 millions de visiteurs étrangers, auxquels il convient d’ajouter un nombre croissant de touristes français. Selon le ministère du Tourisme, les retombées économiques du Tourisme représentaient, fin 2024, 75 milliards d’euros et plus de 880 000 emplois directs.
Comparativement au Gabon, la patrimonialisation n’a pas eu la même influence économique depuis la première inscription du site écosystème et paysage culturel relique de Lopé-Okanda en 2007. Malgré son caractère attractif, notamment ces beaux paysages contrastés par les pleines, les savanes, des forêts luxuriantes et des montagnes à perte de vue, le site attire peu de touristes. L’une des raisons tient du fait du peu de valorisation dont a bénéficié ce site au lendemain de sa patrimonialisation. Adossé à cette réalité, le manque de vision de développement du secteur touristique au Gabon. Dix-neuf ans après, Lopé-Okanda est abandonné à son triste sort, ne bénéficiant d’aucune attention particulière caractérisée par des investissements comme ce fut le cas en France pour augmenter sa valeur.
Combiné à celui de la Lopé, l’inscription du parc national de l’Ivindo, en 2021, pas changé la donne. Bien au contraire, si l’inscription de ce parc a été source de fierté pour le pays, cette patrimonialisation n’a jusqu’à présent, aucune incidence économique, financière et sociale, à la lumière du constat sur le terrain.
L’un des risques qu’encourt le Gabon, serait de ne pas savoir suivre le vent de cette inscription en déployant des politiques qui concourent à valoriser ces sites pour mieux attirer des touristes. Sans pragmatisme et une rupture avec les vieilles méthodes, impossible d’atteindre cette illumination patrimoniale.
Michael Moukouangui Moukala






