Quinze trafiquants originaires des deux Congo et un Camerounais ont été appréhendés il y a quelques jours, en flagrant délit de pratique illicite de l’orpaillage dans une zone forestière locale, à 150 kilomètres de Makokou, dans la province de l’Ogooué-Ivindo. Fruit d’une opération conjointe entre la direction Technique (DT) de l’Agence nationale des parcs nationaux (ANPN) et des Forces de sécurité, cette arrestation exhume l’épineuse question du trafic transfrontalier des ressources naturelles qui s’opère dans la forêt gabonaise.
En partance de la ville de Moanda dans la province du Haut-Ogooué, à 453 kilomètres de Makokou, les trafiquants sont, pour la grande majorité, des expatriés établis illégalement au Gabon depuis environ cinq ans. « Pour arriver à Moanda, je me suis procuré un laissez-passer de trois mois. Aujourd’hui, cela fait presque cinq ans que je suis au Gabon », explique l’un des présumés suspects appréhendé par les éléments de la direction Technique de l’ANPN et des Forces de sécurité.
Pour se rendre à Makokou, comme c’est le cas pour de nombreux expatriés et trafiquants établis illégalement au Gabon, le sujet congolais a soudoyé le transporteur qui, à son tour, aurait soudoyé les agents contrôleurs le long du trajet routier Moanda-Makokou. D’après les révélations de ce dernier, il répondait à l’invitation de son frère, déjà bien établi dans l’orpaillage illégal à Makokou.
À l’ANPN, une source a reconnu l’existence d’un réseau de trafiquants qui opère en toute tranquillité dans la forêt gabonaise et alimente le trafic transfrontalier dans plusieurs pays. Selon notre source, près de 98% des trafiquants interpellés sont en situation irrégulière.
Débusqués sur leur site, tapis dans la forêt, loin des regards critiques, les 16 orpailleurs illégaux avaient en leur possession un total de 33 grammes d’or, d’une valeur de plus de 2 millions francs CFA, le gramme s’échangeant actuellement au prix de 70 000 francs CFA sur le marché. De son côté, la direction Technique de l’ANPN tire la sonnette d’alarme sur cette activité illicite qui, en plus de constituer un manque à gagner pour l’Etat, concourt à l’épuisement des ressources locales, non sans nuire à l’équilibre des écosystèmes naturels.
Au Gabon, l’orpaillage est réglementé par la loi. Par exemple, selon l’article 12 de la loi n°037/2018 du 10/06/2019 portant réglementation du secteur minier, « seules les personnes de nationalité gabonaise sont éligibles à l’exploitation minière artisanale, sous réserve du respect des dispositions des textes en vigueur ». On le voit bien, cette loi ne concède pas aux personnes en situation d’expatriation le droit sur cette ressource, encore moins son exploitation.
Cette situation laisse cependant à penser que des nationaux, détenant un droit d’usage sur des parcelles de forêts, sont complices de ces débordements qui participent au pillage des ressources naturelles locales.
Les révélations des présumés trafiquants et leur facilité à se mouvoir dans le pays, en dépit de leur situation d’irrégularité, pointent également du doigt la fragilité du système sécuritaire national, notamment dans les zones du Centre et du Sud-Est, ainsi que la complicité des transporteurs qui facilitent les déplacements des trafiquants d’un point A à un point B du pays.
La diligence des autorités sur cette épineuse question est attendue.
Michael Moukouangui Moukala






