Face aux inondations qui ont récemment frappé la capitale gabonaise, Libreville et ses environs, le vice-Président de la République du Gouvernement, Hermann Immongault, a convoqué, courant cette semaine, une réunion interministérielle de crise. Cette initiative, prise sur instruction du Chef de l’État, intervient alors que plusieurs quartiers de la capitale ont subi d’importants dégâts à la suite de fortes pluies enregistrées ces derniers jours.
Les premiers rapports techniques font état d’une cinquantaine de personnes évacuées dans le sixième arrondissement, notamment à Nzeng-Ayong. Des inspections sont également en cours dans d’autres zones impactées, parmi lesquelles PK8 (Marché bananes), Batterie 4, Awendjé, Plein-Ciel et Belle-Vue 2, l’un des quartiers les plus sévèrement touchés.
Si cette situation n’a rien d’exceptionnel, elle s’inscrit dans une répétition de crises similaires, souvent déclenchées par des pluies parfois modérées mais aux conséquences disproportionnées. Selon les témoignages recueillis ici et là, de nombreux facteurs sont à l’origine de cet état de problème, notamment l’obstruction de certains canaux d’évacuation, notamment à proximité de zones de travaux, empêche l’écoulement normal des eaux. Ces dysfonctionnements qui transforment rapidement le quartier en zone inondable et accentue la vulnérabilité des populations vivant dans ces espaces de basse altitude.
Un plan d’urgence encore peu perceptible sur le terrain
Si le Gabon dispose officiellement d’un Plan d’urgence de gestion des catastrophes naturelles, son opérationnalisation demeure difficilement perceptible pour de nombreux sinistrés. À Belle-Vue 2 comme dans d’autres quartiers touchés, les interventions apparaissent souvent tardives et essentiellement curatives, après les dégâts plutôt que dans une logique de prévention.
Cette situation révèle un décalage persistant entre les dispositifs nationaux de gestion des risques et leur déclinaison effective à l’échelle locale. L’absence de mécanismes de veille, d’anticipation et d’intervention rapide au niveau des arrondissements limite l’efficacité des réponses face aux événements climatiques récurrents.
Une vulnérabilité écologique documentée de longue date
Les inondations observées à Libreville trouvent également leurs racines dans une transformation profonde de l’environnement urbain. Le Professeur Alfred Ngomanda, Chercheur au CENAREST, a depuis plusieurs années alerté sur les conséquences de la disparition progressive des mangroves, qui réduisent considérablement la capacité naturelle d’absorption des eaux de pluie. Ces écosystèmes sensés joués un rôle clé de régulation hydraulique, sont aujourd’hui largement compromis.
Ces constats sont confirmés par une étude de l’Institut de Recherche en Écologie Tropicale (IRET), qui met en évidence une dégradation significative du couvert végétal de la capitale. Couvrant la période 2001–2023, cette étude indique qu’environ 23 % du couvert forestier urbain de Libreville a disparu en un peu plus de deux décennies. Une perte qui concerne en grande partie les mangroves et les zones boisées périurbaines, essentielles pour ralentir le ruissellement, limiter la saturation des sols et prévenir les débordements dans les quartiers habités.
Gestion urbaine et entretien des infrastructures : un enjeu clé
Au-delà des facteurs écologiques, la question de la gestion urbaine reste centrale. Lors de sa mandature, Adrien Nguema Mba, alors délégué spécial chargé de la commune de Libreville, avait insisté sur la nécessité d’un entretien régulier des caniveaux et des voies d’eau, fréquemment obstrués par les déchets et les constructions improvisées. Sans nettoyage ni maintenance périodiques, ces infrastructures deviennent inopérantes, exposant durablement des quartiers comme Belle-Vue 2 à des risques élevés d’inondation.
Ces alertes, restées en grande partie structurelles, soulignent l’importance d’une action continue et coordonnée, bien au-delà des réponses ponctuelles déclenchées en période de crise.
La décentralisation, une piste largement soutenue par les experts
Sur le plan de la gouvernance, l’urbaniste français Alain Bertaud, spécialiste des villes africaines, estime que « les politiques urbaines centralisées peinent à répondre à la complexité des réalités locales, notamment dans les zones à forte vulnérabilité environnementale ». Selon lui, les autorités locales sont souvent les mieux placées pour identifier les points critiques et intervenir efficacement, à condition de disposer de compétences clairement définies et de moyens techniques et financiers adéquats.
Ces analyses plaident en faveur d’une décentralisation effective de la gestion des territoires, permettant aux collectivités locales de jouer un rôle central dans la prévention des risques, l’entretien des infrastructures et la planification urbaine adaptée aux réalités du terrain.
Vers des solutions durables
La réunion de crise convoquée par le Vice-Président du Gouvernement constitue une étape importante dans la gestion immédiate de la situation. Toutefois, les inondations de Libreville rappellent que la réponse ne peut être uniquement conjoncturelle. La restauration des écosystèmes naturels, l’entretien rigoureux des ouvrages de drainage, l’opérationnalisation effective des plans d’urgence et une décentralisation accrue de la gestion urbaine apparaissent comme des leviers indispensables pour renforcer la résilience de Libreville face aux aléas climatiques.
À défaut, chaque saison des pluies continuera de révéler les mêmes failles structurelles, au détriment des populations les plus exposées.
Wilfried Mba N.






