Dans le Grand-Libreville, l’eau potable est officiellement un droit, officieusement, elle demeure un privilège, parfois une chance, souvent un miracle, et trop souvent une rumeur. À Libreville, capitale d’un pays riche en ressources naturelles, ouvrir un robinet et voir l’eau couler relève encore de l’exploit domestique.
Pendant que les discours officiels célèbrent des stations de pompage flambant neuves, pendant que les ministres qui se succèdent continuent d’effectuer des visites de terrain ou à présider de multiples cérémonies de signature d’accords de financement de projets, les milliers de foyers continuent de composer avec des bidons, des seaux et une organisation quasi militaire autour de la moindre goutte d’eau. Ce cauchemar hante les gabonais depuis plusieurs années, mettent en lumière l’incompétence de l’administration publique a trouvé des réponses immédiates face à un problème de bien-être public, donc, de santé publique.
Le PIEPAL : la promesse d’une eau abondante… sur PowerPoint
Le Programme intégré pour l’alimentation en eau potable et l’assainissement de Libreville (PIEPAL) avait tout pour devenir une success-story publique. Financements internationaux conséquents de la Banque africaine de développement (BAD), annonces solennelles, chantiers visibles : sur le papier, le projet devait régler durablement la question de l’eau dans le Grand-Libreville.
Dans la réalité, le PIEPAL ressemble davantage à une réponse partielle à un problème systémique. Certes, des infrastructures ont été construites, des stations inaugurées, des quartiers raccordés, mais la promesse initiale — un accès fiable, continu et équitable à l’eau potable — reste, pour beaucoup, une ambition non atteinte. Sur les 300.000 personnes additionnelles devant avoir accès à l’eau potable soit 31% de la population de Libreville, combien ont réellement vu l’eau coulé dans leur robinet ? Il est clair que c’est une opération illusoire de vouloir quantifier les retombées de ce projet, tant Libreville, Owendo, Akanda et Ntoum continuent de cherche de l’eau dans les quartiers. Les communiqués et communications officielles ayant prévalu sur l’accès réel des populations au précieux liquide.
Oligui Nguema et les robinets : beaucoup de discours, peu d’eau
Si cette situation perdure depuis plusieurs années, l’arrivée en 2023 au pouvoir du Général Brice Clotaire Oligui Nguema a ravivé un espoir réel. Celui d’un État plus attentif aux services essentiels, moins complaisant avec les échecs hérités. L’eau potable a été placée au rang des priorités, avec visites de chantiers, injonctions aux ministres et inaugurations médiatisées.
La station de pompage du PK5, présentée comme un tournant historique, a symbolisé cette volonté de rupture. Pour certains quartiers, l’eau est partiellement revenue, parfois après des années d’absence, pour d’autres, le calvaire continu.
Mais dans un pays où la communication est plus importante que les réalisations, l’espoir reste fragile. Beaucoup attendent encore que les promesses présidentielles se traduisent par une réalité simple : de l’eau chez soi et tous les jours.
Les pompes publiques, solution transitoire ou aveu d’impuissance ?
Face à l’urgence, l’État a opté pour l’installation de pompes publiques dans plusieurs quartiers sous-intégrés. Mesure salutaire, certes. Mais aussi symptomatique d’un renoncement provisoire. Car le véritable problème n’est pas seulement l’accès à une source d’eau, mais la proximité et la dignité de cet accès.
Dans certains quartiers Libreville où des familles vivent à plusieurs centaines de mètres, parfois plus, des pompes publiques, la difficulté d’accéder au précieux liquide est source d’insécurité. Femmes, enfants, personnes âgées se relaient pour transporter des bidons, transformant l’accès à l’eau en corvée quotidienne, indigne d’une capitale moderne.
Ce qui d’ailleurs, est en contradiction avec l’Objectif de développement durable (ODD) 6 des Nations unies qui fait de l’’accès à l’eau potable, un besoin humain le plus fondamental pour la santé et le bien-être. « L’eau est essentielle non seulement pour la santé, mais aussi pour la réduction de la pauvreté, la sécurité alimentaire, la paix et les droits de l’homme, les écosystèmes et l’éducation », fait remarquer l’ONU.
Le Ministère face à ses limites
Malgré les annonces, les plans et les partenariats, les actions du ministère en charge de l’eau peinent à produire des résultats visibles à grande échelle. Problèmes de maintenance, vétusté du réseau de la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG), croissance urbaine mal anticipée, gouvernance hésitante : les causes sont connues, documentées et souvent répétées. Ce qui manque encore, c’est une réponse structurelle cohérente, orientée vers la distribution domestique universelle, et non une succession de solutions temporaires présentées comme des réussites définitives.
Au Gabon, l’accès à l’eau est devenu un baromètre politique. Chaque coupure rappelle que les infrastructures ne suivent pas toujours les discours. Chaque pompe publique installée rappelle que le minimum vital remplace encore le confort légitime. Or, l’accès à l’eau ne devrait ni être un luxe, ni un argument de campagne, ni un motif d’inauguration ponctuelle. Elle devrait être banale, invisible, évidente.
Wilfried Mba N.






