À l’approche du 29 juin 2026, date d’expiration de l’Accord de partenariat de pêche durable (APPD) liant le Gabon à l’Union européenne (UE), une interrogation demeure : qu’est devenue la volonté affichée par Libreville de mettre fin à un partenariat jugé « profondément déséquilibré » ? Un an après l’annonce d’une procédure de dénonciation unilatérale de l’accord, aucune communication officielle n’est encore venue confirmer la conclusion d’un nouveau protocole entre les deux parties.
Lors de sa signature le 10 février 2021, l’accord était présenté comme une nouvelle étape dans la coopération entre le Gabon et l’Union européenne. Paraphé par Rosário Bento Pais, alors ambassadrice de l’Union européenne au Gabon, et Biendi Maganga Moussavou, alors ministre de l’Agriculture, de l’Élevage, de la Pêche et de l’Alimentation, il portait sur une enveloppe globale d’environ 17 milliards de francs CFA sur cinq ans. Les deux partenaires affirmaient alors leur volonté de bâtir « un partenariat de nouvelle génération dans le domaine de la pêche durable », axé sur le renforcement de la gouvernance des pêches, la protection de l’environnement marin, le soutien à la création d’emplois ainsi que le développement du secteur halieutique gabonais.
En contrepartie de cette contribution financière, l’accord autorisait l’accès des navires européens aux eaux gabonaises pour une durée de cinq ans. Il permettait notamment à une flotte composée de 27 thoniers senneurs, 6 thoniers canneurs et 4 chalutiers ciblant les espèces démersales de poissons et de crustacés d’exploiter les ressources halieutiques de la Zone économique exclusive (ZEE) gabonaise. Pour l’Union européenne, l’enjeu était principalement l’accès à des zones de pêche riches en thon. Pour le Gabon, les bénéfices attendus devaient se traduire par un transfert d’expertise scientifique et technique, le développement d’une filière nationale de pêche plus structurée et la montée en puissance de la transformation locale des produits de la mer.
C’est précisément sur ce dernier point que les autorités gabonaises estiment aujourd’hui que les promesses n’ont pas produit les résultats escomptés. En juin 2025, le gouvernement avait justifié sa décision de dénoncer l’accord en soulignant l’insuffisance des retombées économiques au regard de la valeur des captures réalisées par les navires européens, mais aussi du coût de la surveillance maritime assumé par l’État gabonais. Libreville regrette également que la transformation locale du poisson et la création d’emplois associée demeurent limitées, malgré les ambitions affichées lors de la signature du protocole de 2021.
À quelques jours de l’échéance, l’avenir de la coopération halieutique entre le Gabon et l’Union européenne reste donc incertain. Si aucun nouvel accord n’est conclu, les navires européens perdront automatiquement leur droit d’accès aux eaux gabonaises à compter de la fin du protocole. À l’inverse, une renégociation pourrait permettre de redéfinir les termes du partenariat afin de mieux répondre aux exigences gabonaises en matière de souveraineté économique, de valorisation locale des ressources et de création de valeur ajoutée sur le territoire national.
Wilifried Mba N.






