Une étude menée en 2021 par des chercheurs gabonais et des membres de l’Observatoire Gabonais de la Pollution Electromagnétique (OGAPEM), intitulée « Exposition spatiale aux Champs Electromagnétiques des stations de base téléphoniques au nord de Libreville, Gabon », et publiée dans la Revue Est-Africaine de la Santé et des Sciences, révèle l’impact néfaste de l’exposition spatiale de la population aux ondes électromagnétiques émises par les antennes de téléphonie mobile au Gabon. Les cancers, qui depuis quelques années font des ravages dans le pays, seraient entre autres l’une des conséquences de ces expositions d’après l’étude.
Première du genre en Afrique centrale selon les auteurs, l’étude sur l’« Exposition spatiale aux Champs Electromagnétiques des stations de base téléphoniques au nord de Libreville, Gabon » est révélatrice de la pollution par les CEM dont sont exposées depuis 1992, les populations de Libreville en général et celle d’Akanda en particulier. Pour obtenir des conclusions fiables, les auteurs de l’étude se sont basés sur différents types de données : les émissions des stations de base téléphoniques, les normes gabonaises sur les émissions de champs électromagnétiques, les normes de la résolution de Salzbourg, les routes principales et les limites des districts et des régions.
Les émissions ont été enregistrées pendant 172 jours, de juin à décembre 2021 avec le Spectran 6080HF. Ces émissions offrent une variabilité des données. S’agissant des données, les quartiers de la commune d’Akanda sont particulièrement touchés. Les résultats révèlent un pic élevé d’exposition aux CEM au 1er Campement et un second au Carrefour Jiji dans la même commune.
Depuis 2010 au Gabon, la limite d’exposition aux CEM a été fixée à 6 V/m et une distance de sécurité de 100 mètres, pour les crèches, les écoles et les établissements de santé. Certaines stations de base, selon cette étude, se sont avérées trop proches de certaines écoles exposant les enfants notamment à des risques électromagnétiques. C’est le cas d’une école primaire et une école secondaire dans le quartier dit Alenakiri dans la commune d’owendo.
De plus, il n’est pas rare de voir, que ce soit à Libreville ou Akanda, des antennes-relais de téléphonie installées dans les concessions familiales. Il n’est donc pas rare de se promener ou d’habiter à proximité d’antennes relais de téléphonie mobile dans tout le pays. Beka Beka et Ada Nzoughe Epse Abounou qui ont travaillé sur la question affirment qu’au Gabon, 7/10 maisons sont construites sur des terrains à risque, mais que l’exposition aux risques est plus importante dans les zones urbaines.
L’étude révèle par ailleurs que les propriétaires de terrain sollicités par les maisons de téléphonie mobiles pour l’installation des antennes de téléphonie mobile semblent ne pas être bien informés des risques à long terme liés à leur proximité avec ces infrastructures. Cette méconnaissance des dangers de ces équipements téléphoniques met en exergue le laxisme dû à la politique d’implantation de ces antennes.
Conséquence : l’exposition cumulée peut, dans une certaine mesure, expliquer l’augmentation des cancers au Gabon. Et pour cause, de nombreux chercheurs cités par l’étude ont démontré le lien entre la proximité des antennes de téléphonie cellulaire et le développement de la leucémie chez les enfants, ainsi que des cancers en général.
En effet, il a été démontré d’une part qu’il y a trois (3) fois plus de risque de développer un cancer après cinq (5) à dix (10) ans d’exposition dans un rayon de 400m autour d’une station de base et d’autre part, qu’il y a plus de quatre (4) fois plus de risque de développer un cancer après trois (3) à sept (7) ans d’exposition à 350m d’une station de base.
Au Centre Hospitalier Universitaire de Libreville, selon le constat des chercheurs, les cancers digestifs ont connu une augmentation avec des fréquences hospitalières de 2,5% en 2017, 3,7% en 2018 et 7,1% en 2019 (Maganga Moussavou et al., 2021). Pour les auteurs, les systèmes de santé, affaiblis par le manque de moyens, ne seront certainement pas en mesure de faire face à ce qui s’apparente à une épidémie de cancer. L’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (ARCEP) et les opérateurs des infrastructures de télécommunication sans fil restent quasi muets sur le possible lien entre les installations de téléphonie mobile et ces cancers qui constituent un problème de santé publique au Gabon.
Cette étude montre que l’atmosphère de Libreville et d’Akanda est polluée par les ondes électromagnétiques et que cela affecte d’une manière ou d’une autre la santé des populations. Femme enceinte, bébé, enfant, adulte… personne n’est épargné ! Partant de ce constat, l’exposition à ces ondes doit faire l’objet d’une attention particulière de la part des autorités publiques. Par exemple, recommandent les auteurs, des mesures doivent donc être prises sur la base d’études, de littérature et de l’expérience d’autres pays.
« La réduction des normes d’exposition est l’une d’entre elles, ainsi que la mise en place d’un observatoire national de mesure en temps réel de l’exposition aux CEM. La société étant de plus en plus dépendante de la technologie, la réduction de l’exposition aux ondes électromagnétiques devient compliquée au niveau individuel ».
Michael Moukouangui Moukala
Une étude de l’OBSERVATOIRE GABONAIS DE LA POLLUTION ELECTROMAGNETIQUE
ASSOCIATION NATIONALE POUR LA SECURITE SANITAIRE DANS LES TECHNOLOGIES SANS FIL
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