Élaboré par le ministère de la Planification et de la Prospective, à travers la Direction générale de la Prospective (DGPRO), avec l’appui technique du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), le Rapport national sur le développement humain (RNDH) 2026 invite à repenser la création d’emplois au Gabon à partir des territoires. Le document considère que la diversification économique ne pourra aboutir sans une meilleure valorisation des potentialités de chaque province, où se concentrent l’essentiel des ressources naturelles et plusieurs filières porteuses d’emplois verts.
Longtemps, le développement économique du Gabon s’est structuré autour de Libreville et de quelques grands centres urbains. Pourtant, ce sont les provinces qui concentrent la majeure partie des richesses naturelles du pays : massifs forestiers, terres agricoles, zones de pêche, sites écotouristiques, ressources hydrauliques ou encore biodiversité parmi les plus riches d’Afrique. Pour le Rapport national sur le développement humain (RNDH) 2026, cette réalité impose de faire évoluer les politiques publiques, afin que les territoires deviennent les principaux moteurs de la création d’emplois et de la diversification économique.
Le document souligne que le développement humain du Gabon ne pourra progresser durablement sans une meilleure répartition des opportunités économiques. Malgré des avancées en matière d’éducation et de santé, le chômage des jeunes demeure élevé, notamment en raison d’une inadéquation entre les formations et les besoins du marché du travail. Cette situation est particulièrement marquée dans les provinces, où les perspectives d’emploi restent souvent limitées malgré un important potentiel économique.
Valoriser les atouts propres à chaque province
Pour répondre à ces défis, le RNDH recommande une territorialisation des politiques de l’emploi. L’objectif est de construire le développement à partir des spécificités économiques de chaque province plutôt que d’appliquer une stratégie uniforme à l’échelle nationale. Le rapport met en avant plusieurs filières à fort potentiel, notamment l’agriculture, l’agro-industrie, la transformation du bois, l’économie verte, les énergies, le tourisme durable et les nouvelles technologies.
Cette orientation trouve un écho particulier dans les réalités du Gabon. Avec près de 88 % de son territoire recouvert de forêts, le pays dispose d’un patrimoine naturel exceptionnel. L’Ogooué-Ivindo, le Woleu-Ntem, la Ngounié, la Nyanga ou encore l’Ogooué-Lolo concentrent des ressources forestières, agricoles et écotouristiques capables de soutenir des activités économiques créatrices de valeur. À cela s’ajoutent les 13 parcs nationaux, les nombreuses aires protégées, les mangroves, les zones humides et un littoral de près de 800 kilomètres, autant d’atouts pouvant favoriser le développement d’activités liées à la conservation, à la restauration des écosystèmes, à l’écotourisme, à la pêche durable ou aux énergies renouvelables.
Former les jeunes là où se créent les emplois
Le rapport insiste également sur la nécessité d’adapter les formations aux besoins des territoires. Les compétences recherchées dans une province forestière ne sont pas les mêmes que dans une région agricole, côtière ou tournée vers le tourisme. Les auteurs du RNDH recommandent ainsi de renforcer les liens entre les établissements de formation, les entreprises et les collectivités locales afin que les jeunes acquièrent les qualifications correspondant aux réalités économiques de leur environnement.
Une telle approche pourrait favoriser l’émergence de nouveaux métiers dans les domaines de la certification forestière, de la transformation du bois, de l’agriculture durable, de la gestion des aires protégées, de la surveillance environnementale, des énergies renouvelables ou encore de l’économie circulaire. Autant de filières qui s’inscrivent dans la transition vers une économie plus verte et plus résiliente.
Donner davantage de responsabilités aux territoires
Le RNDH appelle également à renforcer le rôle des collectivités territoriales dans la création d’un environnement favorable à l’emploi. Les communes et les départements sont invités à accompagner davantage les jeunes entrepreneurs, à faciliter l’émergence des très petites entreprises et à développer des partenariats avec le secteur privé. Pour le rapport, une gouvernance plus proche des réalités locales permettra de mieux valoriser les ressources disponibles et d’encourager les investissements dans les provinces.
Au-delà des recommandations institutionnelles, le message du RNDH est clair : la transformation économique du Gabon ne pourra plus reposer uniquement sur les grands centres urbains. Les provinces disposent des ressources, des espaces et des filières susceptibles de porter une nouvelle génération d’emplois, notamment dans les secteurs liés à l’environnement et au développement durable.
Cette évolution, si elle est appliquée, ouvre une perspective majeure. La transition écologique ne se jouera pas seulement dans les politiques nationales, mais aussi dans les territoires où la forêt, l’agriculture, les écosystèmes marins et la biodiversité constituent déjà les principaux leviers de développement. Faire des provinces le nouvel horizon des emplois verts revient ainsi à rapprocher les opportunités économiques des ressources qui les rendent possibles, tout en renforçant le développement humain à l’échelle locale.
Wilfried Mba N.






