Officiellement lancé le 29 août à Makokou, « Gabon Infini » ambitionne de mobiliser jusqu’à 200 millions de dollars sur dix ans pour financer la conservation de la biodiversité et le développement des communautés rurales. Mais plusieurs mois avant son lancement, le projet avait déjà suscité des critiques portant notamment sur sa gouvernance, sa transparence, son financement et la souveraineté du Gabon. Alors que les autorités affirment avoir poursuivi les consultations avec les parties prenantes, une interrogation demeure : ces préoccupations ont-elles réellement été intégrées au dispositif final ?
Porté par le gouvernement gabonais avec The Nature Conservancy (TNC), Enduring Earth et plusieurs partenaires internationaux, « Gabon Infini » repose sur le modèle du Project Finance for Permanence (PFP). Le mécanisme doit contribuer à l’objectif de protéger 30% des écosystèmes terrestres, marins et d’eau douce du Gabon d’ici 2030.
Le programme prévoit notamment la création de 3,7 millions d’hectares de nouvelles aires protégées et l’amélioration de la gestion de 3,8 millions d’hectares déjà protégés. Il doit également financer des initiatives de foresterie durable, d’écotourisme, d’adaptation aux changements climatiques et de prévention des conflits entre les populations et la faune.
Au-delà de la conservation, le gouvernement entend ainsi faire de la biodiversité, un levier de développement pour les communautés rurales. Une ambition résumée par le vice-président de la République, Hermann Immongault : « notre vision est claire : au-delà de la simple valorisation de nos ressources, nous voulons placer l’humain et nos communautés au cœur du développement. »
Des critiques formulées plusieurs mois avant le lancement
Cette ambition intervient toutefois dans un contexte où le projet avait déjà fait l’objet de plusieurs interrogations. Dès mars 2026, Francis Hubert Aubame, président des Souverainistes-Écologistes, avait critiqué le montage financier de « Gabon Infini », la valorisation des crédits carbone et le niveau de contrôle des institutions nationales. Il appelait notamment à davantage de transparence ainsi qu’à un contrôle parlementaire et citoyen renforcé.
Une autre tribune publiée à la même période, sous le titre « Gabon Infini : Miroirs aux Alouettes », questionnait également la souveraineté du Gabon, les droits des populations locales et la gouvernance du mécanisme. Elle demandait notamment que les documents du projet soient rendus publics et soumis à l’examen des ONGs nationales et des collectivités locales.
Ces critiques ne portaient donc pas nécessairement sur le principe même de la conservation. Elles interrogeaient surtout les modalités de financement, la gouvernance du dispositif, la place des partenaires internationaux et la participation réelle des communautés locales gabonaises.
Entre consultations et lancement, des réponses ?
Depuis ces prises de position, le projet a poursuivi son processus de préparation. Le 13 août, soit un peu plus de deux semaines avant son lancement, le sixième comité de pilotage de « Gabon Infini » réunissait notamment Brainforest et la Wildlife Conservation Society (WCS), aux côtés de TNC, du Fonds de Préservation de la Biodiversité au Gabon et des représentants de l’État.
Les promoteurs du projet indiquaient alors que les principaux documents encadrant le mécanisme avaient été examinés par les parties prenantes et que leurs observations devaient être intégrées avant la signature. Des discussions portaient également sur la souplesse dans le décaissement des financements, l’implication des communautés et l’alignement du programme sur les priorités nationales.
Le chemin de braise
Mais entre avoir consulté les parties prenantes et avoir effectivement intégré leurs critiques, la nuance est importante. Les éléments rendus publics ne permettent pas encore de mesurer précisément quelles préoccupations ont été retenues, lesquelles ont été écartées et quels changements concrets ont été apportés au dispositif final.
Le lancement du 29 août marque donc davantage le début d’une phase de mise en œuvre que la fin du débat. Les prochaines étapes permettront de juger sur pièces la transparence des financements, la gouvernance du mécanisme et surtout la place effectivement accordée aux populations locales.
Car si « Gabon Infini » veut réellement placer « l’humain et nos communautés au cœur du développement », comme l’affirme Hermann Immongault, les résultats devront dépasser les annonces. Ils devront se mesurer à l’aune des retombées concrètes pour les communautés et de la capacité du dispositif à répondre aux interrogations formulées plusieurs mois avant son lancement.
Wilfried Mba N.






