À Libreville, le Gouvernement veut nettoyer la ville. Mais comment y parvenir lorsque, derrière les équipes d’assainissement, l’incivisme s’empresse de reprendre ses droits ?
Il y a quelque chose de presque absurde dans la bataille que Libreville livre contre l’insalubrité. On nettoie, on ramasse, on évacue, on aménage. Puis, quelques jours, parfois quelques heures plus tard, les ordures réapparaissent. Le cycle recommence, inlassablement. Face à cette situation, les autorités pointent désormais l’incivisme de la population.
Le constat n’est pas infondé. Mais il serait trop facile d’en faire l’explication principale d’un problème qui relève aussi, et fondamentalement, de la responsabilité publique. Car une ville propre ne dépend pas uniquement de la bonne volonté de ses habitants. Elle suppose un système de collecte régulier et efficace, des équipements adaptés, des points de dépôt accessibles, des caniveaux régulièrement entretenus, une organisation municipale performante et des règles clairement établies. Elle suppose surtout que ces règles soient effectivement appliquées.
Pendant trop longtemps, l’absence de contrôle ou de sanction a pu donner le sentiment que jeter ses déchets dans un espace public relevait presque de la banalité. L’incivisme ne naît pas dans le vide : il prospère aussi dans les failles de la puissance publique. C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre la réunion présidée par le Vice-président du Gouvernement, Hermann Immongault, avec plusieurs membres du Gouvernement et les maires des trois grandes communes de Libreville.
En rappelant les propos du président de la République sur la nécessité d’agir avec « méthode et fermeté », le vice-président a voulu inscrire la lutte contre l’insalubrité dans la dynamique de transformation du pays. Le ministre de l’Intérieur, Adrien Nguema Mba, a pour sa part rappelé que « la salubrité de la ville ne concerne pas seulement les organes étatiques, mais ça concerne chaque citoyen », tout en appelant les maires à intensifier la sensibilisation.
Le message mérite d’être entendu. Mais il mérite aussi d’être complété. Si le citoyen doit répondre de ses incivilités, les institutions doivent répondre de leur inefficacité. On ne peut durablement demander aux populations de respecter un dispositif de salubrité lorsque celui-ci est défaillant, ni espérer changer les comportements sans rendre visibles les règles, les moyens de les respecter et les conséquences de leur violation.
L’annonce de mesures de rétention marque, à cet égard, une volonté de passer de la sensibilisation à la contrainte. C’est peut-être nécessaire. Encore faudra-t-il que ces mesures soient encadrées, connues, appliquées de manière équitable et accompagnées d’une véritable politique de proximité. Sanctionner celui qui jette ses déchets n’importe où ne suffira pas, si les mêmes quartiers restent durablement confrontés à des problèmes de collecte ou à l’absence d’infrastructures adaptées.
Le défi est donc double. Il faut combattre l’incivisme sans exonérer les pouvoirs publics de leurs propres responsabilités. L’État et les collectivités doivent nettoyer, organiser, contrôler et sanctionner. Les citoyens doivent, eux, respecter les espaces communs et cesser de considérer la rue, le caniveau ou le trottoir comme une extension de leur poubelle. L’un ne peut durablement fonctionner sans l’autre.
Libreville ne deviendra pas une capitale propre à coups d’opérations ponctuelles. Il faudra de la continuité, de la rigueur et surtout une politique publique capable de produire des résultats durables. Car derrière chaque tas d’ordures, il y a certes un geste d’incivisme. Mais derrière la persistance de ces tas, il y a aussi une question d’organisation, de contrôle et de gouvernance.
Le véritable enjeu n’est donc pas de savoir qui, du citoyen ou de l’État, est responsable de la saleté. Il est de savoir si chacun acceptera enfin d’assumer pleinement la sienne.
Wilfried Mba N






