Dès janvier 2027, Léod Paul Batolo, l’Administrateur directeur général (ADG) actuel de la Comilog, la filiale gabonaise du groupe français Eramet, sera contraint de passer le flambeau à Issempedjeno Ngaka. L’arrivée de ce nouveau visage soulève des questions sur la trajectoire de la RSE, en dépit de la stratégie de développement durable du groupe.
Après onze années passées à la tête de la Comilog, Léod Paul Batolo passera le flambeau à Issempedjeno Ngaka. Pure produit de l’industrie pétrolière et gazière, le nouvel ADG est diplômé de l’Ecole Polytechnique. Il revendique une expérience internationale de plus de 20 ans dans les industries pétrolière et gazière entre le Brésil, le Gabon et les Pays-Bas au sein de grandes compagnies du secteur.
En 2013, il rejoint la filiale gabonaise de Maurel & Prom, où il a exercé différentes responsabilités, avant d’en devenir Directeur général adjoint en 2021 puis Directeur général en 2024. Sa nomination intervient dans un contexte de virement stratégique de la production du manganèse au niveau national avec la signature en juillet 2026 entre la France et le Gabon, de plusieurs accords visant le développement de cette ressource.
L’enjeu d’Issempedjeno Ngaka sera de faire aboutir ce projet. Sa mission, dessine-t-on, consistera à améliorer la performance opérationnelle et financière d’Eramet-Comilog, de poursuivre son adaptation aux évolutions du marché du manganèse, et de maintenir un haut niveau de contributions économiques, sociales et sociétales pour le Gabon.
« Je me réjouis de la nomination d’Issempedjeno Ngaka comme Administrateur d’Eramet Comilog, puis comme Administrateur Directeur Général à compter du 1er janvier 2027. Son expérience managériale de terrain, sa vision internationale et sa connaissance de l’industrie pétrolière et gazière – un secteur soumis à de très hauts standards en matière de sécurité, de performance et de responsabilité environnementale et sociale – lui permettront de poursuivre la transformation d’Eramet Comilog et le développement des équipes », a déclaré Christel Bories, Présidente – directrice générale du Groupe Eramet.
S’agissant de la responsabilité environnementale et sociale (RSE), le dernier volet est un segment trouble sur lequel le nouvel ADG n’aura pas la tâche facile. Si le rapport RSE 2025 d’Eramet-Comilog fait état d’une mobilisation de 10,41 milliards de francs CFA pour financer les projets liés aux infrastructures sanitaires et éducatives, à l’énergie, l’accès à l’eau, la cohésion sociale et la diversification économique, de nombreux écueils sont encore adressés à l’industriel notamment en raison de son impact sur l’environnement.
Au nombre de ces écueils : la défiguration du paysage de Moanda, la pollution affectant la pratique de l’agriculture, l’interdiction faite aux riverains de pratiquer la pêche dans les lacs situés aux alentours des sites de production de manganèse, le déplacement des communautés locales de la gare pour ne citer que cela. Ces reproches illustrent des années d’une RSE pas très en phase avec les objectifs affichés.
À Moanda, l’un de ces points saute d’ailleurs aux yeux et fait le lit des critiques. Il s’agit du cas de la saturation en fine de manganèse de la rivière Moulili, un dossier vieux de plusieurs décennies et qui continue d’alimenter les critiques en dépit des annonces de la Comilog visant à restaurer cette rivière. Le cas de cette rivière illustre le plus gros dommage causé par l’activité d’exploitation du manganèse. Et pour cause, jadis cours d’eau ordinaire, avant l’implantation de la laverie de la Comilog, la Moulili est aujourd’hui une rivière chargée en fins de manganèse.
La stratégie Act for Positive Mining constitue aux yeux d’Eramet-Comilog, un rempart face aux critiques et défis à surmonter sur le plan environnemental. Selon le groupe, cette stratégie vise à dépasser une approche centrée sur la conformité réglementaire pour intégrer pleinement la création d’impact positif dans le modèle économique du Groupe.
Structurée autour de trois piliers stratégiques couvrant l’ensemble des responsabilités environnementales, sociales et sociétales d’Eramet, cette feuille de route se décline en dix objectifs prioritaires et en trois engagements structurants à horizon 2035. Les objectifs 4 à 8 mettent l’accent sur la préservation de la biodiversité, la gestion durable des ressources naturelles disponibles et une empreinte carbone positive.
L’enjeu de ces objectifs : atteindre -40% de réduction des émissions de CO² pour avoir un impact positif sur la biodiversité. Sur le terrain, cette projection a besoin d’un booste. De plus, les ambitions récemment affichées par le Gabon et la France pour la transformation locale du manganèse vont accentuer les défis écologiques et mettra une pression sur les objectifs définis. Ce qui supposera de faire preuve, pour la Comilog, d’une bonne dose de résilience. Issempedjeno Ngaka qui prend les commandes de la Comilog n’aura visiblement pas la tâche facile, puisqu’à Moanda, les critères Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance (ESG) sont les plus difficiles à respecter.
Michael Moukouangui Moukala






