Alors que des millions d’Africains continuent de vivre dans la douleur et la stigmatisation liées aux maladies tropicales négligées (MTN), le Réseau des Médias Africains pour la Promotion de la Santé et de l’Environnement (REMAPSEN) a ouvert le 24 novembre, la quatrième édition de son forum dédié à ces pathologies souvent invisibles dans le débat public. Une rencontre stratégique qui culminera les 29 et 30 janvier 2026 à Cotonou, à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre les MTN.
Pour cette édition, le REMAPSEN a choisi un thème qui sonne comme un appel à secouer les consciences : « de la négligence à la mise en lumière : faire avancer l’agenda africain pour l’élimination des MTN. » En adoptant ce fil conducteur, le réseau et ses partenaires entendent rappeler un fait simple mais trop souvent ignoré, les médias sont l’arme la plus puissante contre le silence sanitaire. Ils peuvent alerter, informer, mobiliser les communautés et pousser les décideurs à agir.
Des maladies connues, des souffrances évitables
Sur le continent africain, les maladies tropicales négligées continuent de toucher de millions de personnes, en particulier dans les zones rurales où les infrastructures sanitaires, l’accès à l’eau potable et la sensibilisation restent insuffisants. Parmi elles :
– L’onchocercose, dont les démangeaisons insupportables et la cécité des rivières détruisent la vie de familles entières ;
– La schistosomiase, surtout chez les enfants, provoquant hématurie, anémie et lésions chroniques ;
– La filariose lymphatique, à l’origine d’handicaps lourds et d’une stigmatisation qui isole socialement les malades ;
– La dracunculose, maladie de l’eau qui génère des douleurs extrêmes et des flambées communautaires.
Pourtant, ces maladies sont prévisibles, diagnostiquables et traitables. Leur persistance n’est pas une fatalité mais le reflet d’un manque de mobilisation, d’information et de volonté politique.
L’infectiologue Professeur Awa Marie Coll Seck, figure majeure de la lutte contre les MTN, a rappelé lors de l’ouverture du forum la réalité quotidienne de ces pathologies. « J’ai pris en charge de nombreux patients atteints d’onchocercose, de schistosomiase, de filariose et de dracunculose. J’ai vu la souffrance évitable, la stigmatisation, les familles perdant leurs revenus, et les opportunités brisées pour les jeunes. Cette souffrance avait bien des visages. ». Son témoignage renforce l’urgence d’une action coordonnée, durable et médiatiquement amplifiée.
Un plan d’action pour 43 pays africains
Au terme des travaux, le REMAPSEN adoptera un plan d’action consensuel destiné à être déployé dans les 43 pays membres du réseau durant la période 2026-2027-2028. L’Objectif est d’harmoniser les stratégies de plaidoyer, améliorer la qualité du reportage sur les MTN, intégrer la dimension environnementale, car la dégradation des écosystèmes favorise la transmission et instaurer une communication régulière capable de mobiliser les communautés.
Un enjeu sanitaire mais aussi environnemental
Les MTN prospèrent là où l’environnement est affaibli : eaux stagnantes, zones rurales mal assainies, absence d’infrastructures d’hygiène. Le forum rappelle donc que la lutte est à la fois médicale, sociale et écologique. Sans assainissement, sans accès à l’eau potable, sans gestion durable des ressources naturelles, les traitements seuls ne suffiront pas. En réunissant journalistes, experts, acteurs communautaires et institutions sanitaires, le REMAPSEN veut transformer les médias africains en un relais essentiel dans le combat pour l’élimination des MTN. Car sortir ces maladies de l’ombre, c’est donner à des millions de personnes la chance de retrouver la dignité, la santé et l’avenir qu’elles méritent.
Michael Moukouangui Moukala






