ONG gabonaise engagée dans la défense de l’environnement et le soutien aux communautés locales, Muyissi Environnement a bouclé hier, lundi 11 mai 2026 à Mouila, dans la province de la Ngounié, son « Tour des villages impactés par la production de la multinationale Olam ». L’enjeu de ce déploiement : sensibiliser sur l’expérience de Mandji et encourager l’ensemble des communautés impactées à continuer le combat pour la récupération de leurs terres.
Environ quatorze ans après l’installation de la multinationale Olam Palm, spécialisée dans l’agro-industrie, les rapports demeurent toujours tendus avec les communautés riveraines. Lorsque ce n’est pas la question des droits sociaux des travailleurs qui fait l’objet de remous, c’est celle des droits des communautés qui fait surface et impacte la quiétude des activités de l’industriel. En atteste, le « Tour des villages impactés par la production de la multinationale Olam » effectué par l’ONG Muyissi Environnement du 02 au 11 mai 2026 pour soutenir les communautés dans leur volonté de récupérer les terres environnantes à leurs villages.
« L’installation de l’agro-industriel Olam Palm Gabon qui avait été annoncée comme bienfaitrice pour le bonheur des communautés en leur offrant un développement est finalement venu les appauvrir en menaçant leur souveraineté alimentaire ainsi que l’abandon des villages vers des campements de fortunes établies proches de leurs champs », Explique Ladislas Désiré Ndembet, président de l’ONG Muyissi Environnement.
Face à l’adversité du géant industriel ainsi qu’à celle générée par le Conflit homme-faune (CHF), les populations ne savaient plus à quel sein se vouer, certains ayant même abandonné leur village. « Malgré leurs efforts, beaucoup d’entre elles ont du mal à survivre, d’autres lâchent prise et se retrouvent à s’établir de force en ville, fuyant les pachydermes et la famine causée par la dévastation de leurs champs quotidiennement », fait-il savoir.
Désormais, ce tableau n’est plus qu’un vieux souvenir. Alors que les éléphants se sont retournés contre les plantations de la multinationale avec la destruction de plusieurs palmiers dans le Lot2/Mandji impactant les récoltes, Olam a décidé de se séparer de son personnel et de fermer cette plantation qui ne serait plus rentable. Cet abandon est perçu par les communautés comme le signal d’une réappropriation des terres. « Olam est vaincu à Mandji. Les communautés doivent récupérer leur terre », s’exclame-t-on à Mandji.
Ceci explique le déploiement de l’ONG Muyissi Environnement pour partager l’expérience de Mandji et encourager l’ensemble des communautés impactées à continuer le combat sous toutes ses formes pour la récupération de leurs terres. Problème, jusqu’à arriver à maturité de la convention de Bail emphytéotique, Olam reste propriétaire des terres. La cession définitive des terres par l’industriel mérite devant en effet faire l’objet d’un arbitrage de la part de l’Etat. Comment alors les populations pourront-elles exercer leurs droits sur des concessions qui demeurent encore une propriété privée ?
« Certes, l’Etat a un bail emphytéotique avec Olam qui lui donne le droit à la concession 50 ans renouvelable. De fait, il va de soi que Olam n’est pas sortie de cette concession mais a suspendu ses activités suite aux dévastations des pachydermes. Nous voulons par cette action, mettre une pression à Olam, d’autant que la société a signé des cahiers des charges avec les communautés qui sont flous et non respectés. Nous voulons demander à Olam de revenir sur la table pour établir des vrais contrats qui feront en sorte que les communautés tirent profits de ces plantations industrielles de palmier à huile », soutient Ladislas Désiré Ndembet qui invite l’Etat à prendre ses responsabilités.
En Afrique, bien qu’ils possèdent près de 80% des droits coutumiers sur les terres, les peuples autochtones et les communautés locales ne jouissent des droits de propriété légaux qu’à seulement 3%. Le présent cas ne fait office d’exception. Dans un pays où le domaine forestier rural n’est toujours pas défini, l’attribution de 35000 ha de concession a dépossédé les populations de leur terre et de leur forêt, les mettant dans une insécurité foncière criarde. Cet aménagement a entraîné la disparition d’un énorme couvert forestier ainsi qu’une importante biodiversité, source de vie pour plusieurs communautés riveraines.
Pour corriger ces inégalités et les tensions nées de cette cohabitation conflictuelle, le rôle de l’Etat et des ONGs sera plus que jamais déterminant pour rétablir les équilibres des frontières.
Michael Moukouangui Moukala






