Niché sous la hauteur du Mont-Brazza, la Lopé est un site emblématique classé depuis 2007, patrimoine mondial de l’Unesco sous le nom de « Ecosystème et paysage culturel relique de Lopé-Okanda ». Malgré son lien avec le programme forêt du patrimoine mondial, le site est isolé, figé dans le temps et l’espace, et son succès, mitigé. Son apparente attractivité, il le doit au « Transgabonais », la ligne de chemin de fer qui lui permet d’être admiré de loin.
« La Lopé était mieux avant ! » Remontant le temps, une jeune okandaise, rencontrée le matin du 27 novembre à la zone dite « Chez-Bala », après l’escale accordée par la Caravane du Transgabonais pour une visite du parc, sonde ses souvenirs et ressort cette amertume. Lorsqu’on nous lui avons posé la question sur ce « mieux », sa réponse fut globalisante : « Tout ! ». D’après elle, « il y avait la vie et cela profitait au parc ».
Les choses semblent avoir depuis lors, considérablement changé. A la Lopé, le temps s’est comme arrêté et figé, et, avec lui, toute la dynamique écotouristique qui faisait la force de ce site pourtant classé patrimoine mondial de l’Unesco. « Les années 90-2000, nous avons connu un pic de touristes, puis, avec les crises successives, les visites se sont stabilisées en raison notamment des difficultés consécutives aux voix ce communication », explique le Colonel des Eaux et Forêts, Magama Mouketou, directeur du Complexe éducatif Dr Alphonse Mackanga Missandzou (CEDAMM) à l’occasion de la visite de terrain effectué par la délégation de la Caravane. Pour le Colonel, en matière de tourisme, la Lopé a du potentiel, à condition toutefois que des investissements soient réalisés pour rehausser la valeur du site.
Le pari manqué de la recherche
Cette trajectoire tient son fondement des prémices de la conservation qui s’est concentrée de façon tous-azimuts au Gabon, sur la recherche scientifique au détriment de la valorisation de ce site. En effet, au début des années 1980, alors que le Centre international de Recherche Médical (Cirmf) et l’université de Stirling d’Ecosse entament une collaboration, à la Lopé, une station d’étude issue de ce partenariat va s’accentuer sur l’étude des grands signes, l’écologie des relations de l’homme avec ces singes, l’étude de la forêt et des phénologies. Cette collaboration scientifique va élargir son champ d’analyse sur les animaux, les mutations forestières, le stock carbone, les changements climatiques, l’archéologie, l’histoire de populations humaines, etc. laissant de coté l’investissement dédié au tourisme,
Cet intérêt pour cette petite ville « oubliée » du Gabon met en exergue l’histoire des rapports qu’entretient le Gabon avec les partenaires au développement, dont la contribution a été d’une importance capitale pour la poursuite de ces recherches. C’est le cas de l’Union européenne (UE) qui depuis 1992, via le programme Ecofac (Ecosystème fragilisé d’Afrique centrale), a soutenu à cout de milliard de francs CFA les différentes recherches menées à la Lopé. Le Colonel des Eaux et Forêts reconnaît d’ailleurs le rôle crucial joué par ces partenaires, mais fustige le fait que la recherche n’a pas permis de faire du tourisme, un levier d’attractivité et une source de développement local.
Le train, dernier maillon d’un site classé patrimoine mondial
Le manque d’investissements directs, suite à la patrimonialisation du site, a un été l’autre facteur qui explique la perte de position de la Lopé, en dépit de son succès mondial. Difficilement praticable, l’unique voie de communication terrestre a été durant des années, oubliée des politiques publiques faisant du train, l’unique moyen de transport fiable pour accéder au site.
Chaque année, d’après les statistiques de la Setrag, environ 300 000 passagers sont transportés. Mensuellement, c’est environ 25 000 passagers qui sont transportés. De ce trafic des personnes, la Lopé n’en tire qu’une maigre partie en raison des facteurs décrits plus haut. La modernisation de la localité par le développement d’infrastructures essentielles et la valorisation du site constituent des éléments clés pour faire du site, une attraction touristique nationale et mondiale comme c’était le cas par le passé. Cette possibilité repose sur la synergie de plusieurs acteurs autour des partenariats public-privé (PPP).
Michael Moukouangui Moukala






