Selon le Rapport sur la situation des éléphants de forêt africains 2024, publié par le Groupe de spécialistes des éléphants d’Afrique (AfESG) de la Commission pour la sauvegarde des espèces (CSE) de l’UICN, le Gabon abrite à lui seul, 66% de la population mondiale des éléphants des éléphants de forêt, contre 19% pour la République du Congo (RC), les éléphants restants de cette région vivent dans quatre autres pays d’Afrique centrale.
De façon globale au continent, à peine 5% des éléphants recensés se trouvent en Afrique de l’Ouest et moins de 1% en Afrique de l’Est et australe. Ces estimations, basées sur la capture-recapture d’ADN, une méthode qui identifie l’« empreinte génétique » unique de chaque éléphant à partir d’échantillons d’excréments, sont considérées comme étant « assez fiables » par les scientifiques avec un seuil de fiabilité de 94% contre 53 en 2026.
A lui seul, le Gabon héberge 95.000 individus d’éléphants de forêt (Loxodonta cyclotis), soit 66% de la population mondiale. Cette position, le Gabon la tient depuis plusieurs années grâce aux efforts de conservation initiés. D’abord, en 2001 avec l’adoption du Code forestier qui consacre la protection de l’éléphant en interdisant sa chasse, sa détention et son commerce avec des sanctions pénales pour les contrevenants. Ensuite, en 2002, avec la création du réseau d’aires protégées. Enfin, en 2007 avec la création de l’Agence nationale des parcs nationaux (ANPN) dont la mission consiste en la protection de la faune et de la flore.
Puis, les autres politiques de conservation qui ont suivi, à l’exemple de la « Stratégie Nationale de Gestion du Conflit Homme-Éléphant » (SNGCHE) qui vise à atténuer les conflits (déplacements des éléphants vers les cultures), à renforcer la protection de l’espèce (suivi GPS, clôtures électriques) et à sensibiliser les populations, tout en encadrant la légitime défense.
Si ces efforts ont permis de dissuader les braconniers à pratiquer la chasse de l’éléphant pour alimenter le trafic international de l’ivoire, la surveillance est toujours essentielle. C’est en cela que des ONGs telles que Conservation Justice qui bénéficie d’un partenariat avec le ministère des Eaux et Forêts pour lutter contre le trafic de faune et de flore, notamment le braconnage d’éléphants au Gabon joue un rôle crucial en matière de prévention.
Cette surveillance est d’autant nécessaire que le Rapport du Groupe de spécialistes des éléphants d’Afrique (AfESG) de la Commission pour la sauvegarde des espèces (CSE) de l’UICN le précise d’ailleurs assez fortement. Bien que les taux de braconnage aient diminué dans de nombreuses régions depuis 2018-2019, les abattages illégaux pour l’ivoire restent une menace en Afrique centrale et occidentale. L’expansion des activités minières, le développement des réseaux routiers et ferroviaires et les projets agricoles à grande échelle, notamment les cultures de palmiers à huile, fragmentent les habitats et acculent les éléphants dans des zones forestières de plus en plus réduites. Le Gabon n’est pas en marge de ces écueils en dépit de sa bonne législation et de ses efforts pour protéger les éléphants.
Selon la dernière évaluation de la Liste rouge de l’UICN, les éléphants de forêt africains ont connu un déclin de plus de 86% en 31 ans jusqu’en 2015, principalement en raison du braconnage et de la perte de leur habitat. Le faible taux de reproduction de l’espèce entrave plus avant son rétablissement.
Pour Yuta Masuda, Directeur scientifique d’Allen Family Philanthropies, « des données précises et actualisées sont essentielles pour comprendre la situation des éléphants de forêt africains et renforcer leur protection ». Selon lui, ce rapport apporte une « note d’optimisme » concernant ces espèces critiques, tout en soulignant « l’importance de continuer à lutter contre les menaces » qui pèsent sur les populations d’éléphants de forêt africains.
Michael Moukouangui Moukala






