Annoncée il y a quelques jours, la conférence internationale sur l’Iboga et l’Ibogaïne s’est ouverte ce lundi 12 janvier 2026 à la Sablière, dans une structure hôtelière de la place. Réunissant l’administration publique, des ONG, des experts, des scientifiques, des chefs traditionnels et des entrepreneurs, l’ouverture de cette rencontre a été l’occasion de jeter les bases de la valorisation de l’Iboga.
Organisée par le consortium d’ONG américaines — Americans for Ibogaïne (AFI), Bloc of Operators in the Iboga Sector (BOIS) et Reset Health (RE7) —, la rencontre a enregistré la participation de Maurice Ntossui Allogo, ministre des Eaux et Forêts, de Paul Biyoghe Mba, ancien Premier ministre et sénateur, de Scyrielle Sende Etali, directrice générale de l’Agence gabonaise pour le développement de l’économie verte (AGADEV), ainsi que d’un parterre d’invités issus du monde scientifique, de la société civile et des communautés locales et traditionnelles.
« Notre pays, dont le territoire est recouvert à 88 % par la forêt tropicale, abrite une biodiversité exceptionnelle, essentielle à la vie. En effet, au cœur de cette cathédrale végétale prospèrent des milliers d’espèces, dont l’Iboga, une plante endémique de l’Afrique, et dont le Gabon demeure le sanctuaire géographique et symbolique », a fait savoir Maurice Ntossui Allogo, ajoutant que « l’Iboga n’est pas qu’une espèce botanique parmi d’autres. Elle est le symbole vivant de l’interconnexion entre les hommes et la forêt, entre la nature et la culture, entre le visible et l’invisible ».
Plante de la famille des Apocynacées, célèbre pour son utilisation rituelle et médicinale traditionnelle en Afrique centrale, notamment au Gabon dans le rite Bwiti, l’Iboga, grâce à son alcaloïde principal, l’ibogaïne, est étudié pour ses propriétés potentiellement thérapeutiques contre les addictions. À forte dose, il est considéré comme très dangereux et potentiellement mortel. Plante sacrée au Gabon, l’Iboga est au cœur de controverses scientifiques à travers le monde, alors que plusieurs études universitaires ont démontré l’efficacité de l’ibogaïne dans le traitement des dépendances aux drogues, du stress post-traumatique et des maladies neurodégénératives. C’est cette valeur symbolique qui intéresse le consortium d’ONG, détenteur d’un brevet sur l’ibogaïne, et qui souhaite en relever la valorisation.
Pour Stéphane Lasme, ancien basketteur international gabonais, pas question de construire l’avenir de l’Iboga sans les Gabonais. « Cette conférence est née d’une conviction simple : l’avenir de l’Iboga et de l’Ibogaïne doit se construire dans le respect de ses origines, tout en s’appuyant sur la rigueur scientifique, l’éthique et la responsabilité collective », car, a-t-il fait savoir, « il ne s’agit pas seulement de développer une molécule, mais de bâtir un pont entre les savoirs ancestraux et la science moderne, ainsi qu’entre les communautés locales et la communauté internationale ».
Cette conférence, la première du genre organisée au Gabon sur l’Iboga et l’Ibogaïne, ouvre des débouchés socio-économiques à plusieurs niveaux, en offrant des perspectives d’emplois pour les populations, en lien avec les ambitions de transformation et de valorisation affichées par les partenaires américains. Ce qui, d’après Maurice Ntossui Allogo, cadre parfaitement avec les ambitions de transformation locale des ressources naturelles prônées par le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema. Cependant, pour l’ancien Premier ministre et producteur d’Iboga, Paul Biyoghe Mba, pour qu’une chaîne de valeur se mette en place autour de la production de l’Iboga, il est indéniable que les populations jouent leur partition. Car, selon lui, « la quantité actuelle d’Iboga ne permet pas de répondre à la demande internationale. Il faut que les initiatives privées se développent ».
Un aspect essentiel de ce nouveau chapitre sur l’Iboga est également l’implication des communautés locales et des peuples autochtones dans cette migration de l’Iboga, d’un produit naturo-culturel à un produit manufacturé. Et pour cause, durant des siècles, ces deux composantes de la société gabonaise ont été les dépositaires du savoir sur l’Iboga. Ce sont elles qui ont révélé au monde la valeur symbolique et culturelle de cette plante, avant qu’elle ne fasse l’objet d’une attention internationale. Cette prise en compte relève du respect du droit international, notamment du Protocole de Nagoya sur « l’accès aux ressources génétiques et le partage juste et équitable des avantages découlant de leur utilisation ».
En effet, l’alinéa 1 de l’article 5 de ce protocole stipule que « les avantages découlant de l’utilisation des ressources génétiques, ainsi que des applications et de la commercialisation subséquentes, sont partagés de manière juste et équitable avec la Partie qui fournit lesdites ressources et qui est le pays d’origine de ces ressources, ou une Partie qui a acquis les ressources génétiques conformément à la Convention ».
Souvent marginalisées, les communautés locales et autochtones, à travers leurs chefs traditionnels, ont fustigé le caractère unilatéral que prennent certains partenariats axés sur les ressources génétiques, comme c’est le cas de figure ici. « La gestion de nos ressources naturelles n’a de sens que si elle génère des retombées directes, tangibles et mesurables pour nos communautés locales », a conclu le Ministre.
Michael Moukouangui Moukala






