À 80 kilomètres de Libreville, au cœur des fermes avicoles de Kango, le ministre de l’Agriculture, de l’Élevage et du Développement rural, Pacôme Kossy, a effectué ce 22 janvier 2025, une visite de terrain stratégique. Cette descente de terrain s’inscrit dans la perspective de l’interdiction prochaine des importations de poulets de chair. Une action nécessaire pour apprécier la structuration durable de la filière avicole nationale, conformément à l’enjeu de souveraineté alimentaire voulu par le Gabon.
Sur les sites visités, le Ministre a pris le temps d’écouter les exploitants, d’observer les mécanismes de production et d’évaluer les capacités réelles du secteur. À la SMAG, acteur clé de la filière, tout commence par la production de poussins, maillon essentiel de la chaîne. « Notre capacité actuelle est d’environ 450 000 poussins par an. Avec les équipements existants, nous pouvons atteindre 700 000 poussins, et nous sommes prêts à doubler cette capacité », a rassuré Damien Baron, Directeur général de la structure.
Pour accompagner la montée en puissance de la production nationale, un projet de nouvelle ferme parentale, intégrant couvoir et éclosoir, est déjà envisagé au sein de cette structure. La volonté de s’arrimer à la décision gouvernementale d’interdire l’importation du poulet de chair dès 2027 est bien visible chez les producteurs classiques.
Cependant, l’autonomie du secteur ne se limite pas aux naissances. L’alimentation animale constitue un autre pilier de la durabilité. Sur son site de Soduco, la SMAG produit actuellement 40 000 tonnes d’aliments par an et investit pour atteindre 50 000 tonnes dès cette année, avec, à terme, une ambition de 100 000 tonnes grâce à une nouvelle ligne industrielle. « La filière repose à la fois sur la disponibilité des poussins que sur l’aliment », rappelle le dirigeant, tout en soulignant la nécessité d’un cadre fiscal et réglementaire clair pour sécuriser les investissements et définir des volumes précis de production.
À quelques kilomètres de là, le groupement d’intérêt économique Pouss’In, a exposé sans détour ses contraintes. « Nous avons quatre grandes difficultés : l’approvisionnement en poussins, le coût de l’aliment, l’électricité et l’accès à nos fermes », déclare Wenceslas Mamboundou, Représentant du groupement avant d’ajouter : « quand les poussins arrivent en retard ou en quantité insuffisante, tout notre cycle de production est perturbé. »
Le poids financier de l’alimentation reste également déterminant pour la soutenabilité de la filière. « L’aliment représente plus de la moitié de nos charges. À ce niveau, il est difficile de produire à un prix compétitif », poursuit-il. À cela s’ajoutent plusieurs autres difficultés d’ordre énergétique routier, ou de formations etc. Malgré ces contraintes, le groupement se projette dans l’avenir. « Le financement de 2 milliards 65 millions accordé par le président de la République va nous permettre d’agrandir nos fermes et d’augmenter nos capacités », souligne Wenceslas Mamboundou.
Face à ces réalités, le ministre Pacôme Kossy a insisté sur la vocation opérationnelle de la tournée. « Nous avons voulu suivre le même parcours que le chef de l’État afin de constater nous-mêmes les difficultés des exploitants », a-t-il déclaré. « Nous avons identifié des problèmes d’accès, de ressources humaines, d’électricité, d’eau et de financement. Ce sont des points sur lesquels nous travaillons déjà. »
Le Membre du gouvernement précise la démarche : « il ne s’agissait pas de faire des promesses, mais d’évaluer ce que nous avons réellement, d’identifier le patrimoine existant et de définir des solutions concrètes. » Ce dernier de rappeler la finalité de tous ces efforts : « Tout cela doit nous permettre de réussir l’arrêt progressif des importations à l’horizon du 1er janvier 2027. »
Entre ambitions industrielles et difficultés de terrain, la tournée ministérielle de Kango aura permis de mesurer l’ampleur du chantier. Au-delà de la souveraineté alimentaire, c’est un modèle agricole durable qui pourrait se dessiner, fondé sur la production locale, la maîtrise des intrants et un accompagnement étroit des acteurs de la filière. La démarche du Ministre de l’Agriculture était nécessaire pour s’imprégner des réalités vécues par les producteurs locaux.
Michael Mengoue N.






