Ceux qui connaissent le passé de Cotonou, la capitale béninoise, vous diront qu’elle n’a pas toujours été un cadre de vie sain, agréable et paisible. Entre l’incivisme des populations et une politique de nettoyage et d’assainissement qui laissait à désirer, les autorités ont su, en quelques années, changer le visage de la ville pour en faire l’une des villes les plus agréables à vivre d’Afrique. Ce qui n’est pas le cas de Libreville où l’incivisme a atteint son paroxysme et le laxisme des maires favorise le désordre et l’insalubrité galopante.
Des canalisations envahies de déchets plastiques et d’eaux usées, des rues insalubres, des points d’apport volontaire mal nettoyés par Clean Africa, la société publique détentrice du marché de l’entretien, de l’assainissement et du nettoyage, et des déchets plastiques omniprésents dans les artères de la capitale, le tout, agrémenté par l’incivisme débordant des populations. À Libreville, la salubrité ne fait pas partie de la culture. En atteste, la récente sortie du président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, sommant les acteurs du secteur de trouver des solutions idoines et immédiates à cette crise. Une sortie saluée par l’opinion publique au regard du laxisme dont font preuve les maires dans l’accomplissement de leurs missions.
« (…) La problématique de l’insalubrité endémique dans Libreville est une préoccupation permanente depuis des décennies. Un problème complexe, transversal et républicain, qui appelle une volonté politique affirmée de l’État central pour une thérapie appropriée. Le chef de l’État se saisit à son tour de ce problème avec une impulsion nouvelle, matérialisée par des recommandations fortes et précises qui vont désormais orienter notre Plan stratégique de lutte contre l’insalubrité », a laissé entendre Eugène M’ba, maire de la commune de Libreville, lors d’une récente interview accordée au quotidien d’information L’Union.
S’il a fallu l’intervention du président de la République pour que la gravité du problème soit prise en compte, en 2025, environ 5,7 milliards de francs CFA ont été mobilisés dans le cadre de la Contribution pour les ordures ménagères (COM). En 2026, l’ambition affichée est de 8,3 milliards de francs CFA dans le Projet de loi de finances (PLF 2026). Chaque mois, c’est environ 475 millions de francs CFA qui sont collectés à l’échelle nationale rien que sur cette ligne. Question : où va cet argent pour que le Grand-Libreville baigne dans une mare d’insalubrité ?
S’il est vrai de constater que le budget alloué par les autorités béninoises à la question de la salubrité est d’environ dix fois supérieur à celui de Libreville, l’enveloppe de 57 milliards de francs CFA intègre les communes de Cotonou, Abomey-Calavi, Ouidah, Porto-Novo et Sèmè-Podji. Malgré ce périmètre communal élargi, la Société de gestion des déchets et de la salubrité (SGDS SA) arrive au Bénin, à assurer un service de qualité, contrairement à sa consœur au niveau du Gabon. Le système de collecte est irréprochable et les rues de ces villes offrent un cadre propre, sain et agréable à vivre.
Sur la question des comportements des habitants, l’incivisme ne fait pas partie du registre comportemental des habitants. Le matin, il est très coutumier, pour ne pas dire traditionnel, de voir des hommes et des femmes prendre soin de la devanture de leurs habitations sans aucune contrainte. Des villes comme Cotonou sont encore abonnées aux sachets et emballages plastiques, mais il est très difficile d’y voir des déchets plastiques traîner ici et là. « C’est une ville vraiment salubre qui donne envie d’y vivre. Il est très difficile de rencontrer des camions de ramassage d’ordures, mais la ville est toujours propre et le civisme au rendez-vous », témoigne un touriste gabonais ayant récemment visité Cotonou.
Sans honte, encore moins gêne, Libreville peut s’inspirer de ce modèle pour refaire son image, faire évoluer les comportements et mettre en place un système de nettoyage et d’assainissement efficace. Cela profiterait sur le long terme, en lieu et place des actions sporadiques menées par les autorités municipales sous la contrainte du président de la République et sans lendemain.
Michael Moukouangui Moukala






