Ouvert ce 28 janvier, l’Atelier de Réflexion Stratégique « Gabon Bleu : 13 ans d’existence – enjeux et défis pour les cinq prochaines années » s’impose comme un moment clé pour l’avenir de la politique maritime et environnementale du Gabon. Treize années après le lancement du programme, autorités publiques, experts, scientifiques et acteurs de terrain sont appelés à dresser un bilan sans complaisance et à redéfinir les priorités face aux mutations écologiques, économiques et institutionnelles du pays.
Pour Kombila Koumba, Coordinateur du programme Gabon-Bleu, le premier enseignement de ces treize années est avant tout humain. « Le bilan que je fais de Gabon Bleu, c’est d’abord et avant tout les hommes », insiste-t-il. Grâce au programme et au projet porté en partie par l’Agence nationale des parcs nationaux (ANPN), le Gabon s’est doté de compétences nationales solides : gestionnaires d’aires protégées, écogardes spécialisés dans la collecte de données, assistants scientifiques, chercheurs, doctorants ou encore juristes. « Aujourd’hui, nous sommes à la troisième génération de gestionnaires. C’est un héritage humain considérable », souligne-t-il.
Cet héritage est aussi écologique. Précurseur dans la création d’aires marines protégées, le Gabon s’est affirmé comme un leader régional en matière de conservation des écosystèmes marins et côtiers. « Nous pouvons désormais parler d’un véritable patrimoine naturel », estime Kombila Koumba, qui voit dans cette avancée une base solide pour une nouvelle phase du programme. L’ambition affichée est désormais de « passer à l’étape supérieure », en capitalisant cet héritage à travers le développement du tourisme durable, de l’économie bleue et des chaînes de valeur, tout en impliquant davantage les communautés locales.
Cependant, cette ambition se heurte à des défis majeurs, au premier rang desquels la gouvernance et la pérennité des financements. « Nous avons besoin de financements importants et durables. La question de la gouvernance reste centrale », reconnaît le Coordinateur, évoquant les difficultés actuelles rencontrées par l’ANPN dans son fonctionnement et la nécessité d’un accompagnement renforcé de l’État. Sans remettre en cause l’engagement public, il alerte sur les risques liés à l’instabilité financière, notamment pour le paiement des salaires et la continuité des actions de terrain.
Autre enjeu crucial, maintenir l’équilibre fragile entre conservation et exploitation économique. « Il faut que les autorités continuent à croire qu’il est possible de concilier conservation et exploitation raisonnée », plaide Kombila Koumba. Cette conciliation passe par un renforcement du pilier scientifique du programme, notamment dans la connaissance des stocks halieutiques. « On ne peut pas exploiter durablement ce que l’on ne connaît pas », martèle-t-il, appelant à une montée en puissance de l’administration des pêches et de la recherche, à l’image des pays comme la Mauritanie ou le Sénégal.
La maîtrise scientifique des ressources, explique-t-il, conditionne directement le développement économique local. « Quand on connaît les volumes exploitables, on peut structurer des chaînes de valeur au profit des communautés », illustre-t-il, citant l’exemple du stock de sardines du Komo, évalué à plusieurs dizaines de milliers de tonnes. Une gestion rigoureuse permettrait ainsi de transformer localement la ressource – filets, farine, produits dérivés – tout en garantissant la durabilité des écosystèmes.
Dans un contexte marqué par l’entrée du Gabon dans la Ve République, cet atelier prend une dimension stratégique renforcée. Il vise à aligner Gabon Bleu avec les nouvelles orientations politiques nationales, à consolider les acquis et à adapter les outils aux enjeux contemporains, notamment ceux liés aux changements climatiques et aux pressions croissantes sur les ressources marines.
Durant deux jours, les participants s’attèleront ainsi à analyser l’état des aires protégées aquatiques, à poser les bases d’une nouvelle stratégie et à définir des plans d’actions concrets pour les cinq prochaines années, assortis d’indicateurs précis et de besoins de financement clairement identifiés.
Michael Mengoue N.






