De Franceville à Koula-Moutou, en passant par le lac Zilé à Lambaréné et autres, les incidents impliquant la faune sauvage et les populations humaines se multiplient ces derniers jours au Gabon. Attaques de buffles, incursions des panthères ou charges d’hippopotames traduisent un conflit homme-faune (CHF) qui se généralise, interrogeant à la fois l’aménagement du territoire, la prévention des risques et la prise en charge des victimes.
L’attaque survenue le 31 janvier dernier dans les plantations de la Sucaf à Franceville, au cours de laquelle un buffle solitaire a grièvement blessé deux chasseurs, ne saurait être réduite à un simple fait divers. Elle s’inscrit dans une série d’incidents révélateurs d’un conflit homme-faune devenu structurel au Gabon, avec des impacts humains de plus en plus visibles.
Ces dernières années, les contacts violents entre populations et faune sauvage se multiplient dans les zones rurales et périurbaines. L’extension des activités forestières, minières, agricoles, industrielles et halieutiques, souvent au contact direct des écosystèmes naturels, accentue les risques. Les animaux, parfois isolés ou en situation de stress, adoptent des comportements défensifs imprévisibles.
Cette réalité s’observe dans plusieurs provinces. À Koula-Moutou, dans l’Ogooué-Lolo, le média gabonais Actu241 rapportait, dans ses colonnes du 31 janvier, la présence répétée d’une panthère dans le quartier Koungou. Aperçue à proximité des habitations et responsable d’attaques sur des chiens domestiques, la situation a suscité inquiétude et vigilance parmi les riverains, illustrant une nouvelle fois l’intrusion de la faune sauvage dans des espaces habités.
Quelques jours plus tard, un autre incident venait confirmer la récurrence du phénomène. En effet, hier, lundi 02 février 2026, l’Agence Gabonaise de Presse (AGP) rapportait l’attaque d’un pêcheur de 60 ans par un hippopotame et son petit au lac Zilé, dans la province du Moyen-Ogooué. Grièvement blessé après le chavirement de sa pirogue, l’homme a échappé de justesse à la mort, malgré sa longue expérience du fleuve. Un épisode qui rappelle la dangerosité persistante de certaines zones de pêche pourtant essentielles à la subsistance locale.
Si ces cas ne sont pas isolés et que le Gabon dispose d’un cadre légal encadrant la chasse, la pêche et la protection de la biodiversité, celui-ci demeure largement centré sur la faune. La répétition de ces attaques pose toutefois la question de la prise en charge des victimes. Délais d’évacuation, accès limité aux structures de santé, coûts médicaux élevés et absence de suivi psychologique soulignent les fragilités du dispositif sanitaire face à un phénomène pourtant connu.
Les incidents de Franceville, Koula-Moutou et du lac Zilé montrent que le conflit homme-faune traverse les secteurs agricole, résidentiel et halieutique. Ils appellent à une réponse globale, intégrant prévention, aménagement du territoire, santé publique et protection sociale. À défaut, ces drames continueront d’être traités comme des cas isolés, alors qu’ils traduisent un déséquilibre durable entre activités humaines et biodiversité.
Wilfried Mba N.






