Au sein de l’espace OEACP, le Gabon se distingue par un actif naturel d’exception. Le pays est couvert à 88 % de forêts, soit environ 23,7 millions d’hectares, abritant plus de 400 essences exploitables. C’est sur ce patrimoine que Brice Clotaire Oligui Nguema a fondé, devant les décideurs réunis à Malabo le 29 mars, son plaidoyer pour une valorisation durable des écosystèmes forestiers comme levier d’emplois et de valeur ajoutée locale.
Le chemin parcouru depuis 2010 est réel. L’interdiction d’exporter des grumes a enclenché une dynamique de transformation locale : le secteur forestier figure parmi les plus dynamiques avec près de 15 000 emplois, et représente 6% des exportations en 2023. La zone d’investissement spéciale de Nkok s’est imposée comme un pôle industriel reconnu à l’échelle continentale, et le Gabon figure parmi les premiers producteurs mondiaux feuilles de placage.
Pourtant, les chiffres révèlent des contradictions que le discours officiel peine à masquer. Malgré l’étendue de son couvert forestier, la filière ne contribue qu’à 3,2 % du PIB, loin des 10% visés à l’horizon 2032. La demande asiatique en recul a pesé sur les exportations, en baisse de 4,3 % au premier semestre 2024, tandis que la production de bois débitée affichait déjà -7 % en 2023. La montée en gamme vers la deuxième et troisième transformation reste largement inachevée.
Dans une Afrique centrale où plusieurs États cherchent à valoriser leur propre couvert forestier, le Gabon dispose d’une avance stratégique. Un Partenariat forêts UE-Gabon a été signé en novembre 2024 à Bruxelles, ouvrant la voie à des financements verts et à un appui technique à la certification et à la traçabilité. Mais convertir cet avantage comparatif en leadership régional durable supposera de résoudre un paradoxe fondamental : transformer une forêt qui vaut aussi par ce qu’elle ne produit pas, (puits de carbone, biodiversité, services climatiques) sans la dilapider au nom de la croissance.
Michael Green






