Dans plusieurs quartiers de Libreville, les scènes de fuites d’eau à ciel ouvert sont devenues banales. Pourtant, au même moment, des milliers de ménages continuent de subir des coupures répétées et un accès irrégulier à l’eau potable. Ce contraste alimente un sentiment croissant d’incompréhension parmi les populations.
À Malaba, quartier de Libreville, une importante fuite d’eau continue de se déverser depuis plusieurs jours sur la voie publique. La situation, connue des riverains et régulièrement signalée aux services compétents, illustre les limites de la fameuse « Brigade bleue », censée assurer la maintenance rapide des installations hydrauliques. Sur place, les eaux s’écoulent en permanence, détériorant progressivement la chaussée, saturant les caniveaux et alimentant l’exaspération des habitants.
« Nous avons signalé ce problème à plusieurs reprises, mais la SEEG se contente d’envoyer une équipe qui repart sans rien faire de concret », témoigne une résidente du quartier, visiblement excédée par l’inaction observée.
La situation n’est pas isolée. Au quartier PK8, dans le 6ᵉ arrondissement de Libreville, précisément dans la zone dite « derrière le marché Banane », juste devant le portail de la Rose-Croix, une fuite d’eau datant de plusieurs mois continue de ruisseler le long de la nouvelle route pavée. Selon plusieurs habitants, l’écoulement permanent entraîne de la boue ainsi que divers déchets vers les bas-fonds, au point de fragiliser la chaussée et de couper pratiquement la route en deux au niveau du pont situé dans cette zone.
Pour les riverains approchés par notre rédaction, cette fuite devenue chronique symbolise les difficultés persistantes de maintenance du réseau hydraulique urbain, malgré les signalements répétés adressés aux services concernés. Au-delà de ces incidents visibles, le problème apparaît bien plus profond. Selon plusieurs analyses relayées ces dernières années par des acteurs du secteur de l’eau, près de 60% de l’eau produite disparaîtrait dans les failles du réseau. Autrement dit, plus de la moitié des ressources mobilisées n’atteint jamais les ménages. Un gaspillage structurel qui transforme chaque pénurie en crise amplifiée.
Les autorités et la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG), reconnaissent d’ailleurs l’existence de pertes massives liées à la vétusté des infrastructures, aux fuites techniques et aux branchements frauduleux. La direction de l’entreprise évoque régulièrement un réseau vieillissant nécessitant d’importants investissements pour améliorer le rendement hydraulique et limiter les déperditions.
Mais la crise est également aggravée par certains comportements devenus presque automatiques chez les usagers. En raison des coupures chroniques, de nombreux ménages laissent parfois leurs robinets ouverts afin d’être alertés du retour de l’eau. Une pratique qui provoque fréquemment des débordements importants pendant la nuit ou en l’absence des occupants, augmentant encore les pertes déjà considérables sur le réseau.
Dans plusieurs quartiers du Grand-Libreville, les habitants dénoncent ainsi une double peine, notamment l’absence prolongée d’eau dans les robinets et, simultanément, le spectacle quotidien de quantités importantes d’eau potable perdues dans les rues. Face à cette situation, les riverains attendent des autorités, des résultats plus visibles et surtout plus rapides. Car au-delà des chiffres et des annonces, chaque fuite non réparée rappelle aux populations l’ampleur d’une crise devenue autant technique que sociale.
Wilfried Mba N.






