Les connaissances écologiques locales sur les cétacés au sein des communautés de pêche artisanale sont des déterminants socio-écologiques nécessaires pour une meilleure gouvernance marine dans les pays. Au Gabon, si l’étude éponyme, publiée dans la revue Elsevier par des chercheurs tels que, Igor Akendengue Akeng Stephan Ntie, Omer Ntougou Ndoutoume Vincent Ridoux Jean Hervé Mve Beh, pour ne citer que ces noms, confirme cette position, elle met cependant en exerce l’inégale répartition de ces connaissances entre divers nationalités.
D’entrée de jeu, l’étude est formelle : les données écologiques fiables sur les cétacés restent rares le long des côtes ouest-africaines, où les capacités d’étude limitées contraignent le suivi conventionnel. « Dans ce contexte de pénurie de données, les connaissances écologiques locales (CEL) des pêcheurs artisanaux offrent une source d’information complémentaire précieuse sur la présence des espèces, l’utilisation de l’habitat et les interactions avec la pêche », affirment les auteurs dans leur article scientifique.

Pour s’en convaincre, entre 2022 et 2024, les onze auteurs ont interrogé, dans cinq grandes régions côtières du Gabon (Libreville, Port-Gentil, Mayumba, Cocobeach et Gamba), 189 personnes à l’aide du test exact de Fisher. « À l’aide des tests exacts de Fisher, de l’analyse des correspondances multiples et de la classification hiérarchique ascendante, nous avons identifié six profils de pêcheurs distincts qui différaient nettement dans l’acquisition des CEL », ajoutent les auteurs.
Leur constat est sans appel : « les pêcheurs plus âgés, plus expérimentés et majoritairement migrants ouest-africains présentaient les niveaux de CEL les plus élevés, tandis que les jeunes pêcheurs urbains gabonais, en particulier de Libreville, affichaient une familiarité écologique moindre ». En français facile : les pêcheurs ouest-africains, majoritairement béninois et nigérians ont une meilleure connaissance des cétacés que les pêcheurs gabonais.
Pour les scientifiques, il va de soi que l’appartenance ethnique influence de manière significative la probabilité de déclarer des connaissances écologiques locales (Cf. test exact de Fisher). Les répondants Fang par exemple qui peuplent deux des cinq grandes régions côtières du Gabon, ont présenté la plus faible proportion de détenteurs de connaissances écologiques locales, avec une proportion sensiblement plus élevée de répondants ne possédant aucune connaissance écologique locale sur les cétacés, comparativement aux autres groupes.
À l’inverse, les Adja, Yoruba, Vili et etc., composés principalement de pêcheurs migrants d’Afrique de l’Ouest, ont affiché des proportions constamment élevées de détenteurs de connaissances écologiques locales. En effet, selon l’article scientifique, ces groupes ont présenté les proportions les plus élevées de répondants capables d’identifier et de décrire les cétacés avec précision. Pour les auteurs : « ces contrastes marqués indiquent une forte structuration ethnique dans la distribution des connaissances écologiques locales parmi les pêcheurs artisanaux ».

Cette disparité est encore pire lorsque l’on sait, avec les auteurs, que la plupart des répondants ont déclaré avoir un certain niveau d’instruction. Concrètement, 67,2% d’entre eux, soit 127 répondants, ont affirmé avoir suivi une scolarité primaire, secondaire, ou universitaire, tandis que 23,8%, soit 45 répondants, ont affirmé n’avoir jamais été scolarisés. Les scientifiques, La Lettre Verte y compris, sont formels que le niveau d’éducation, n’influence pas de manière significative la probabilité d’être classé comme possédant des connaissances linguistiques sur les cétacés. Seule la pratique quotidienne de la pêche artisanale permet d’atteindre le niveau de connaissances écologiques locales sur les cétacés souhaité.
Fort de ce constat, un travail de sensibilisation et d’éducation environnementale doit, peut-être, être mené sur ce patrimoine maritime pour mieux le connaître et le protéger en impliquant les gabonais.
Cet articles scientifique établi un lien direct avec une interview publié en 2020 par La Lettre Verte et dans laquelle, Floriane Cardiec alors Coordonnatrice du volet Pêche artisanale au WCS laissait entendre que « la pêche artisanale au Gabon est dominée à 80% par des étrangers d’Afrique de l’ouest ».
Installés le long des côtes gabonaises, les pêcheurs ouest-africains, arrivés au Gabon au lendemain des indépendances ont perpétué et développé leurs connaissances sur la faune aquatique de façon générale et les cétacés en particulier. Cet aspect a été un élément déterminant dans la transmission des connaissances autour du sujet de l’étude.
Michael Moukouangui Moukala






