Interrogé par news.mongabay.com sur les controverses environnementales entourant Perenco au Gabon, le Professeur Lee White, spécialiste des questions environnementales, a livré une lecture nuancée d’un dossier devenu particulièrement sensible dans le débat environnemental national. Entre héritage industriel ancien, responsabilité juridique des opérateurs et poids économique du pétrole dans l’économie gabonaise, ses déclarations remettent en lumière les contradictions structurelles auxquelles sont confrontés plusieurs États producteurs d’hydrocarbures en Afrique centrale.
Au cours de l’entretien, Lee White a notamment estimé que les impacts environnementaux liés à l’exploitation pétrolière au Gabon demeuraient “très localisés et relativement faibles comparés à ceux observés dans d’autres régions du monde”. Une déclaration qui intervient dans un contexte où Perenco a récemment fait l’objet d’une attention médiatique accrue autour de questions environnementales touchant certaines zones d’exploitation pétrolière du pays.
Le Professeur a insisté sur la complexité historique du dossier. Selon lui, une partie des problèmes environnementaux observés aujourd’hui trouveraient leur origine dans les premières décennies de l’exploitation pétrolière gabonaise, notamment dans les années 1960, 1970 et 1980, à une époque où les standards environnementaux internationaux étaient nettement moins développés qu’aujourd’hui.
Le Gabon et le pétrole, une longue histoire
Le Gabon exploite ses ressources pétrolières depuis plusieurs décennies et le secteur demeure l’un des piliers majeurs de l’économie nationale (+30% du budget national). Malgré les efforts de diversification économique engagés ces dernières années, les revenus pétroliers continuent de jouer un rôle important dans les finances publiques, les exportations et certains équilibres budgétaires du pays. Dans ce contexte, la question environnementale liée aux activités pétrolières s’inscrit dans une histoire industrielle longue, marquée par l’évolution progressive des normes techniques, des réglementations écologiques et des mécanismes de contrôle.
Les propos de Lee White mettent précisément en avant cette dimension historique. Selon lui, la spécialisation de Perenco consiste souvent à reprendre des gisements pétroliers vieillissants afin d’en prolonger l’exploitation en phase de maturité. Or, dans plusieurs cas, les opérateurs hériteraient également d’infrastructures anciennes ainsi que de passifs environnementaux remontant parfois à plusieurs décennies.
Cette notion de “passif environnemental” occupe une place centrale dans le débat. Dans l’industrie extractive, elle désigne les dommages écologiques hérités d’activités passées : pollution des sols, corrosion d’installations, fuites d’hydrocarbures, contamination de zones humides ou dégradation d’écosystèmes côtiers. Même après le changement d’opérateur ou l’arrêt partiel de certaines activités, ces impacts peuvent persister durant de longues périodes.
Responsabilité historique et responsabilité actuelle
C’est précisément sur cette distinction que repose l’argumentaire développé par Lee White dans son entretien. Selon lui, il serait “trop simpliste” de considérer automatiquement Perenco comme responsable de l’ensemble des problèmes environnementaux observés sur ses concessions. L’ancien ministre explique notamment que certaines infiltrations de pétrole ou certaines pollutions lagunaires pourraient résulter de pratiques anciennes, antérieures à la reprise des sites par l’entreprise. Dans plusieurs cas, les contrats de reprise imposeraient cependant au nouvel opérateur d’assumer juridiquement les conséquences environnementales héritées des précédentes phases d’exploitation.
Cette situation illustre la complexité des responsabilités dans les secteurs pétroliers historiques, où les frontières entre passifs hérités et nouveaux dommages peuvent devenir particulièrement difficiles à établir. Pour autant, Lee White introduit également une limite claire à son raisonnement. Il affirme que si de nouveaux dommages environnementaux étaient directement causés par les activités actuelles de l’entreprise, “la situation est très grave”. Une nuance importante qui évite une défense absolue de l’opérateur pétrolier tout en appelant à une lecture plus structurelle du dossier.
Pétrole et ambitions écologiques, une cohabitation toxique
Les déclarations de Lee White mettent également en lumière une autre réalité : la difficulté pour un pays fortement dépendant des revenus pétroliers de concilier impératifs économiques et exigences environnementales. Dans son entretien, le scientifique souligne qu’évincer le plus grand producteur de pétrole du Gabon serait une “décision très lourde de conséquences”. Cette phrase résume à elle seule une tension structurelle présente dans plusieurs économies extractives africaines.
En soi, c’est aussi un dilemme. Dans les États, certains décideurs cherchent à attirer les investissements énergétiques, maintenir les recettes budgétaires, préserver l’emploi et la stabilité économique. D’autres par contre, travaillent à l’intensification des pressions internationales sur la transition écologique, les fortes attentes environnementales et l’augmentation des exigences de transparence autour des activités extractives.
Le dossier Perenco apparaît ainsi comme le reflet d’un dilemme plus large : comment gérer l’héritage d’une économie pétrolière ancienne tout en affichant des ambitions environnementales croissantes ?
Wilfried Mba N.






