Au Gabon, Kenya, Éthiopie et Nigéria, si de nombreux obstacles restent encore surmontés pour mieux se positionner sur la question de la captation des financements climatiques, le financement forestier lui, montre des signes positifs. C’est ce qui ressort du premier rapport d’étape de la Feuille de route sur le financement forestier, publié le 23 septembre 2026 lors de la Journée du financement forestier du Forest & Climate Leaders’ Partnership (FCLP), organisée pendant la Climate Week à New-York.
Selon un constat global, les forêts reçoivent aujourd’hui moins de 1 % du financement climatique mondial, alors qu’elles représentent environ un cinquième du potentiel mondial d’atténuation économiquement rentable. Cette tendance est en voie de changement. Et pour cause, fait constater Emelyne Cheney, directrice du Secrétariat du FCLP : « un an après, le rapport d’étape sur le financement forestier donne une image plus nette de là où les financements circulent, et de là où ils ne circulent pas ».
Le Gabon, le Kenya, l’Ethiopie et le Nigéria sont les quatre destinations africaines qui concentrent le gros du financement forestier. Selon le rapport, le Kenya a mobilisé au moins 229 millions de dollars de financements extérieurs nouveaux en faveur du développement économique fondé sur les forêts et les paysages, principalement à travers une opération de 200 millions de dollars de la Banque mondiale et une subvention de 29,2 millions de dollars du Fonds vert pour le climat destinée à la région du Lac. Parallèlement, le budget forestier du pays a augmenté d’environ 38,7 millions de dollars au titre de l’exercice 2025/2026 et maintenu une dotation d’environ 143,8 millions de dollars pour l’exercice 2026/2027.
De son côté, l’Éthiopie consacre 0,5 à 1 % de son budget fédéral annuel, soit environ 40 à 80 millions de dollars par an, à la restauration des forêts et des paysages, face à un coût estimé à 4,3 milliards de dollars par an lié à la dégradation des terres. Son mécanisme de financement national a contribué à attirer plusieurs centaines de millions de dollars de financements concessionnels internationaux et de cofinancements.
Le Nigeria pour sa part a annoncé son Paquet Pays « Securing Nigeria’s Forest Future », qui met en place un cadre piloté par le gouvernement pour aligner les partenaires au développement, les institutions financières, la philanthropie et l’investissement privé derrière les priorités nationales en matière de forêts, de climat et de biodiversité. Son lancement international est attendu à la COP31.
Pays membre de l’Initiative des forêts d’Afrique centrale (CAFI), le Gabon enfin, fait progresser les approches de financement forestier basé sur les résultats. CAFI développe en effet un portefeuille de paiements pour services écosystémiques de 290 millions de dollars, avec l’ambition de mobiliser jusqu’à 2 milliards de dollars d’ici 2035 dans l’ensemble du bassin du Congo. Le programme vise à toucher environ 7,8 millions de bénéficiaires directs, au moins 50 % des ressources devant aller directement aux agriculteurs, aux communautés locales et aux peuples autochtones.
Ces efforts interviennent dans un contexte continental marqué par d’intenses pressions sur les forêts et dans lequel, les solutions existantes requièrent une attention politique soutenue et des investissements à grande échelle pour se traduire en actes. Sans cela, c’est l’avenir des 663 millions d’hectares de couvert forestier du continent, soit 16 % de la superficie forestière mondiale qui est en danger. Les forêts, estime la directrice du Secrétariat du FCLP, ne peuvent donc pas être reléguées au second plan de l’agenda climatique international. Bien au contraire, elles doivent rester au centre, soutient-t-elle.
Le Gabon, le Kenya, l’Ethiopie et le Nkgérai ne sont cependant pas les seuls pays à tenter de s’adapter par des mécanismes de gouvernance forestière innovants. D’autres pays africains intègrent eux aussi les résultats forestiers dans la politique financière générale. Le cas de la Côte d’Ivoire illustre l’alignement à cette trajectoire. Le pays lancé le premier Cadre de financement indexé sur la durabilité du continent et obtenu le premier prêt souverain indexé sur la durabilité d’Afrique de l’Ouest, d’un montant de 433 millions d’euros, tandis que l’Ouganda expérimente une approche visant à intégrer la résilience forestière et agricole dans l’analyse de la dette souveraine et du risque de crédit.
Les pays africains ne se contentent donc plus de réclamer davantage de financements internationaux : ils conçoivent et déploient leurs propres modèles de financement forestier, en s’appuyant sur les budgets nationaux, les marchés du carbone, les paiements basés sur les résultats et des cadres d’investissement pilotés par les pays, afin d’aligner les financements sur les priorités nationales. Dans ce sens, les approches qui émergent à travers le continent montrent comment les forêts peuvent commencer à être intégrées aux décisions économiques et d’investissements structurants, en créant davantage de valeur à partir des forêts intactes, tout en soutenant le développement, les moyens de subsistance et les communautés. Ici, l’enjeu dépasse la seule mobilisation de fonds supplémentaires pour la conservation.
Pris ensemble, ces exemples montrent que les mécanismes existent et que les gouvernements africains commencent à les mettre en pratique. L’enjeu est désormais de savoir s’ils parviendront à attirer et à déployer les financements, et à produire des bénéfices pour les forêts, les économies et les communautés, à l’échelle et au rythme qu’exige l’horizon 2030.
Michael Moukouangui Moukala






