À la tribune de la 81e Assemblée générale des Nations unies, le Gabon a remis au centre du débat international la question du financement de sa contribution à la lutte contre les changements climatiques. Dans son discours prononcé le 26 septembre à New York, la ministre des Affaires Etrangères et de la Coopération, chargée de l’Intégration et de la Diaspora, Marie-Édith Tassyla-Ye-Doumbény, a plaidé pour une meilleure reconnaissance de la valeur des forêts gabonaises et des services écosystémiques qu’elles rendent à l’humanité.
Le propos s’inscrit dans un contexte où Libreville cherche à renforcer sa position dans les discussions internationales sur le climat, la biodiversité et les mécanismes de financement vert. Quelques jours auparavant, le Conseil des ministres avait notamment adopté un projet de décret désignant le Secrétariat permanent du Conseil national Climat (CNC) comme organisme chargé de la gestion technique des mécanismes climatiques et de l’instruction des projets carbone. L’Agence gabonaise pour le développement de l’économie verte (AGADEV) doit, de son côté, être chargée de la négociation et de la commercialisation des crédits carbone souverains.
Une contribution climatique à mieux valoriser
Dans son intervention, la Ministre a d’abord replacé la question environnementale dans les grands défis auxquels la communauté internationale est confrontée. Le dérèglement climatique figure, aux côtés des conflits, des inégalités et des urgences humanitaires, parmi les crises qui mettent à l’épreuve la capacité des États à agir collectivement. Pour le Gabon, cette action collective doit également passer par une évolution des mécanismes de financement internationaux.
« La restauration de la confiance passe en outre par une réforme de l’architecture financière internationale », a déclaré Marie-Édith Tassyla-Ye-Doumbény, estimant que celle-ci doit devenir « plus équitable, plus inclusive et mieux adaptée aux défis actuels ».
La ministre établit ensuite un lien direct avec le financement vert. Selon elle, sans une telle réforme, la mobilisation des ressources destinées au développement, notamment celles consacrées au financement climatique, demeure difficile. C’est dans ce cadre qu’elle a mis en avant la situation particulière du Gabon, présenté comme un pays à forte couverture forestière et à faible taux de déforestation, dont les écosystèmes contribuent à la séquestration du carbone.
« Une meilleure reconnaissance » des services rendus
Le point central du propos gabonais tient dans une revendication : celle d’une meilleure reconnaissance internationale de la contribution des forêts du pays à la régulation du climat. « Le Gabon, pays à forte couverture forestière et faible taux de déforestation, puis majeur de séquestration du carbone, plaide pour une meilleure reconnaissance de cette contribution à la régulation du climat mondial et des services écosystémiques rendus à l’humanité », a déclaré la Ministre.
Au-delà du seul carbone, le gouvernement entend ainsi mettre en avant la notion plus large de services écosystémiques. Ces services doivent, selon la position défendue à l’ONU, « être appréciés à leur juste valeur » et permettre au Gabon d’accéder à un financement « juste, adéquat, prévisible et durable ».
La déclaration ne chiffre toutefois pas le montant que Libreville entend obtenir au titre de ces services, ni ne précise, dans ce discours, le mécanisme international qui permettrait de déterminer cette rémunération.
Du patrimoine forestier au financement climatique
Cette prise de position intervient alors que le Gabon structure progressivement son dispositif national autour des mécanismes climatiques et du marché du carbone. Le Conseil des ministres du 18 septembre a notamment prévu que l’autorité nationale désignée assure l’instruction des projets carbone, la certification des résultats d’atténuation et la tenue du registre national des gaz à effet de serre. L’AGADEV doit parallèlement négocier et commercialiser les crédits carbone souverains de l’État.
Cette évolution donne une dimension concrète au plaidoyer porté quelques jours plus tard par la diplomatie gabonaise à New York. Il ne s’agit plus uniquement de faire reconnaître la contribution des forêts du pays dans les négociations climatiques : le Gabon cherche également à organiser les conditions permettant de transformer cette contribution en ressources financières.
La question reste cependant celle de la valorisation. Entre la reconnaissance internationale d’un service rendu par les écosystèmes et l’obtention effective de financements, plusieurs étapes demeurent nécessaires : mesurer les résultats climatiques, les certifier, déterminer les mécanismes de rémunération et garantir la prévisibilité des ressources.
La transformation locale au cœur du partenariat
Dans le même discours, la ministre a élargi cette réflexion au modèle de coopération économique défendu par Libreville. Le Gabon appelle à un partenariat international fondé sur « le respect mutuel, la responsabilité partagée et des engagements concrets ».
Ce partenariat doit, selon elle, favoriser la transformation locale des ressources naturelles, la diversification de l’économie, le transfert des technologies et le renforcement des capacités nationales.
Le message est donc double : mieux valoriser les ressources naturelles sur le territoire national, mais aussi faire reconnaître financièrement la contribution des écosystèmes gabonais aux équilibres climatiques mondiaux.
Cette orientation rejoint d’ailleurs plusieurs mesures adoptées récemment par le gouvernement, notamment en matière de transformation locale et de traçabilité des ressources forestières. Le Conseil des ministres a ainsi renforcé les conditions d’exploitation, de traçabilité, de transformation et d’exportation du Kevazingo et de l’Ebana.
Une revendication qui devra désormais trouver sa traduction
À New York, le Gabon a donc réaffirmé une position déjà centrale dans sa diplomatie environnementale : son patrimoine forestier ne constitue pas seulement une richesse nationale à préserver, mais également un actif climatique dont les bénéfices dépassent ses frontières.
En demandant que les services écosystémiques soient « appréciés à leur juste valeur », Libreville pose ainsi la question de la rémunération de sa contribution à la régulation du climat mondial.
Reste désormais à savoir comment cette revendication se traduira dans les mécanismes internationaux de financement climatique et dans les dispositifs nationaux de carbone que le Gabon est en train de mettre en place. C’est sur ce terrain, plus technique et financier, que se jouera une partie de la portée concrète du plaidoyer porté par la ministre des Affaires étrangères devant les Nations unies.
Wilfried Mba N.






